DE LA BANQUE POSTALE A LA POSTE BANCALE...
De La Banque Postale à la Poste bancale, il n’y a qu’un pas et il a été franchi avec le cynisme institutionnalisé. Ce qui fut jadis un service public s’est mué en machine à ponctionner, grinçante et déséquilibrée, avançant péniblement sur le dos de ses propres clients. Bancale dans sa logique, bancale dans sa morale, bancale dans sa prétendue mission sociale : elle se présente comme un refuge alors qu’elle est un piège, comme une aide alors qu’elle est un poids mort. Sous ses airs modestes et familiers, elle perfectionne l’art de faire payer la pauvreté, transformant chaque découvert en rente et chaque fragilité en opportunité comptable.
La Poste bancale, c’est l’illustration parfaite d’un système qui a perdu toute légitimité. La Poste elle-même n’est plus que l’ombre de sa mission d’origine, réduite à un simple vecteur de factures et de courriers administratifs anxiogènes. Les colis, autrefois cœur de son activité, sont désormais massivement confiés à des groupes privés plus rapides et mieux organisés, reléguant le service public à un rôle secondaire, presque décoratif. Pendant ce temps, le prix du timbre s’est envolé, suivant fidèlement la courbe du coût de la vie, tandis que les salaires, eux, restent désespérément cloués au sol. Envoyer une lettre est devenu un luxe, maintenir un lien écrit une charge supplémentaire, et ce renchérissement constant ne s’accompagne ni d’une amélioration du service ni d’un renforcement de la proximité. Là encore, la logique est la même : faire payer toujours plus pour toujours moins, jusqu’à vider de son sens une institution censée servir l’intérêt général.
La banque postale, c’est de nos jours, une banque incapable de protéger, incapable d’accompagner, mais parfaitement compétente lorsqu’il s’agit de prélever. Elle n’innove pas, elle recycle ; elle ne protège pas, elle facture ; elle ne sert pas, elle se sert. Et c’est précisément ce modèle défaillant, brutal et profondément injuste, que l’on voudrait ériger en pilier du futur numérique. Si l’euro numérique doit reposer sur les mêmes fondations que cette banque-là, alors il ne sera ni progrès ni modernité, mais l’aboutissement logique d’un système bancal, prédateur et résolument hostile à ceux qu’il prétend servir.
La promesse d’un futur "sans cash", de la banque dématérialisée et du paiement entièrement numérique, n’est qu’une mascarade. Derrière cet idéal prétendument pratique se cache un véritable piège financier : les banques, incapables de réguler leurs propres défaillances, n’hésitent jamais à abuser du système par des frais abusifs, souvent disproportionnés, pour compenser leur gestion calamiteuse. Ce sont elles qui, après avoir été renflouées plusieurs fois par l'argent public, osent maintenant prôner une révolution technologique qui risque d’engloutir encore davantage nos économies. La crise de 2008, qui a laissé des millions de foyers ruiné par les spéculations et la malversation bancaire, ne semble pas avoir suffi à éveiller les consciences. En persistant à leur accorder une quelconque confiance, on s'expose à un autre cataclysme financier, déguisé cette fois sous la forme d'une "évolution" censée nous simplifier la vie, mais qui, en réalité, ne fait que renforcer leur emprise et leur avidité.
Aujourd’hui, les banques ne sont plus de simples intermédiaires financiers, elles sont devenues le cœur même de la prédation quotidienne et de la malversation ordinaire subies par des clients pourtant contraints par la loi de détenir un compte bancaire. Cette obligation transforme chaque citoyen en proie captive d’un système qui prélève, sanctionne et rackette mécaniquement, sans consentement réel ni alternative crédible. Frais automatiques, pénalités absurdes, opacité contractuelle et abus normalisés constituent désormais une véritable culture du vol légal, soigneusement maquillée en gestion. Dans ce contexte, l’euro numérique n’apparaît pas comme une évolution neutre ou technique, mais comme l’aboutissement suprême de cette logique prédatrice, c'est-à-dire un outil de contrôle total, permettant une ponction instantanée, traçable et inévitable, où l’expropriation devient silencieuse, permanente et parfaitement intégrée au quotidien. Ce n’est pas une modernisation du système bancaire, c’est sa radicalisation.
À cela s’ajoute la disparition pure et simple de tout interlocuteur humain digne de ce nom. Au bout du fil, ce ne sont plus que des agents déconnectés, récitant des scripts vides de sens, incapables d’aider sans l’aval de cadres hors-sol qui ne voient jamais les conséquences concrètes de leurs décisions. La moindre situation un peu complexe se heurte à un mur administratif absurde, où la responsabilité est diluée jusqu’à l’irresponsabilité totale. Plus personne ne décide, plus personne n’assume, et surtout plus personne n’aide. Le client n’est plus un usager, encore moins un citoyen, mais un dossier encombrant qu’il faut faire patienter, épuiser, puis décourager.
Quant aux agences, elles ne sont plus que des décors, des coquilles vides destinées à "faire tampon" en cas de crise, sans réel pouvoir ni capacité d’action. On y accueille la détresse avec des sourires forcés, mais sans solutions, sans marge de manœuvre, sans utilité réelle. Cette prétendue banque moderne n’est qu’une banque en ligne déguisée, pensée non pas pour servir ou être performante, mais pour flouer en silence, à distance, à l’abri de toute confrontation humaine. Tout est conçu pour que le client se perde dans les menus, les formulaires et les délais, pendant que les frais, eux, tombent avec une régularité implacable. Ce n’est plus un service bancaire, c’est une stratégie d’usure où l’inefficacité n’est pas un dysfonctionnement, mais un modèle économique.
La Banque Postale, qui a su se reconvertir en une institution bancaire au rabais, s’est parfaitement illustrée dans l’art du racket des plus vulnérables. Autoproclamée "la banque des pauvres", elle se distingue surtout par sa capacité à plumer ceux qui n’ont pas d’autre choix que de s’y réfugier, faute de moyens pour se permettre le luxe d’une banque plus coûteuse. Sous couvert d'une gestion soi-disant simplifiée, la banque pratique des frais exorbitants pour des services dont la justification reste pour le moins floue. Comment peut-on expliquer des frais de gestion prohibitifs, alors que l'essentiel des opérations est automatisé et que l’infrastructure informatique est censée limiter les coûts ? Si la gestion des comptes se résume à des algorithmes qui ne nécessitent aucune intervention humaine, où vont réellement ces frais ? La réalité est bien plus sombre : la Banque Postale a réussi à extorquer des milliards d’euros d’agios et de frais divers à ses clients en 2023, avec un bon de +10% sur les frais de gestion, des sommes hallucinantes qui témoignent d’une exploitation systématique des plus précaires. Ces clients, déjà en difficulté financière, se retrouvent piégés dans un cercle vicieux de dettes alimenté par une institution qui, loin de les soutenir, les écrase sous un fardeau supplémentaire.
Ce constat est d'autant plus révoltant quand on considère que ces milliards d'euros viennent principalement des populations les plus pauvres du pays, celles qui peinent à joindre les deux bouts et n'ont souvent pas d’autre choix que de s’en remettre à cette "banque des pauvres". Ce modèle économique basé sur l’exploitation des plus démunis, au nom de la "simplicité" et de la "proximité", est un affront pur et simple aux valeurs d’égalité et de solidarité. Au lieu de soutenir ceux qui en ont le plus besoin, la Banque Postale joue sur l'ignorance et la vulnérabilité de ses clients pour en tirer des profits colossaux. Au fond, ce n'est pas une banque qu'elle représente, mais un système financier où la misère est un produit et l'exploitation une norme. Comment peut-on accepter, encore aujourd’hui, qu’une telle institution se fasse passer pour un service public, alors qu’elle est l’une des pires institutions bancaires en termes de conditions imposées aux plus fragiles ?
Toutes les banques se ressemblent désormais par leur fonctionnement, leurs pratiques et leur mépris du client, mais la Banque Postale occupait une place à part puisqu'elle était censée être la banque du peuple, l’héritière d’un service public fondé sur l’accessibilité, la protection et la confiance. C’est précisément pour cela qu’elle est aujourd’hui la plus dangereuse, car la plus traître. Là où les autres banques n’ont jamais dissimulé leur logique marchande, elle a avancé masquée, exploitant son image sociale pour mieux désarmer la vigilance de ceux qu’elle prétendait défendre. En trahissant sa mission originelle, elle n’a pas seulement rejoint le camp de la prédation bancaire, elle l’a légitimée. Et c’est cette trahison - celle de la confiance populaire, de l’intérêt général et de l’esprit de service - qui la rend plus nocive encore que les autres. Non pas parce qu’elle ferait pire, mais parce qu’elle fait la même chose en se réclamant du peuple qu’elle dépouille allégrement.
En définitive, ce tableau n’est pas celui d’une dérive marginale ou d’excès isolés, mais celui d’un système arrivé au bout de sa logique, vidé de toute éthique et désormais incapable de justifier son existence autrement que par la prédation. La Banque Postale n’est pas une anomalie, elle est le symptôme le plus visible d’un modèle bancaire qui a rompu le contrat moral avec la population, et plus encore avec les plus fragiles. Tant que ces établissements continueront à mépriser l’humain, à sanctuariser l’opacité, à criminaliser la pauvreté par des frais automatiques et à se draper dans un discours de modernité pour masquer leur brutalité, aucune confiance ne sera possible. L’euro numérique, dans ces conditions, n’apparaît pas comme un progrès, mais comme un risque majeur supplémentaire. Il est temps de cesser de confondre innovation et dépossession, service public et prédation organisée, et de refuser collectivement qu’un système aussi bancal décide seul de l’avenir économique et social de tous.
Phil BROQ.
Je ne peux qu'approuver ce billet.......malheureusement !
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