MODE D'EMPLOI D'UNE KLEPTOCRATIE
La génération qui gouverne aujourd’hui le monde, comme la France, ne se contente plus d’administrer le racket d’état, elle en a fait un modèle de gestion assumé. Issue des mêmes filières fermées par les grandes écoles, cabinets de conseil, banques d’affaires, haute fonction publique, etc. Et elle ne conçoit plus l’État comme un espace politique, mais comme un actif à optimiser. La souveraineté y est traitée comme un coût, les services publics comme des gisements de rente, la population comme une ligne comptable. Cette classe dirigeante ne vole pas à la manière ancienne mais externalise le pillage, privatise les profits, mutualise les pertes et légalise l’extorsion par la norme, l’impôt régressif et la dette. Les réformes ne sont jamais pensées pour améliorer la vie collective, mais pour transférer progressivement la valeur publique vers des intérêts privés amis que sont les cabinets de conseil, les groupes financiers, les actionnaires institutionnels… Le discours est toujours lisse, technocratique, saturé de mots creux comme modernisation, responsabilité ou compétitivité, mais la pratique est impitoyable avec le démantèlement des protections sociales, la compression salariale, la précarisation organisée.
Cette génération ne croit pas à la démocratie puisqu’elle la gère comme un risque. Le vote devient une formalité contournable, la contestation un problème d’ordre public et la misère une variable d’ajustement. Nous ne sommes plus face à une caste gouvernante, mais face à des trafiquants mafieux et sans scrupules, qui se servent de l’État non pour gouverner, mais pour se servir au détriment d’un peuple sommé de payer leur train de vie sans jamais rien décider. Ce n’est plus une élite qui gouverne la France, mais bien une kleptocratie technocratique, qui pille tout ce qu’elle peut, tant qu’elle le peut, sans brutalité apparente, sans violence visible, mais avec l’efficacité froide de cadres dirigeants d’une multinationale hors-sol, appliquant à un pays entier les méthodes apprises pour restructurer une entreprise avant la cession.
La France, depuis le début du siècle et pire depuis Macron, n’est plus gouvernée comme une nation, mais liquidée comme un actif en fin de cycle, méthodiquement vendue à la découpe avant sa dissolution dans un projet européiste qui ne vise plus la coopération entre États, mais à leur effacement pur et simple. Derrière le discours rassurant de l’intégration, de l’harmonisation et de la subsidiarité, se déploie une logique beaucoup plus féroce avec le transfert progressif des leviers de souveraineté vers des structures supranationales non élues, pendant que le territoire national est fragmenté en régions concurrentes, sommées d’attirer capitaux et investissements comme des zones franches permanentes. L’État central se dépouille de ses fonctions régaliennes, abandonne la planification, cède ses infrastructures, privatise ses biens communs, puis se présente comme impuissant face aux conséquences sociales qu’il a lui-même organisées.
Cette recomposition n’a rien de démocratique puisqu’ elle prépare l’avènement d’un féodalisme moderne, où des nouveaux "barons voleurs" — présidents de régions, métropoles, autorités indépendantes, partenariats public-privé — remplacent les prédateurs capitalistes du siècle passé et administrent des morceaux de pays au profit de groupes financiers, industriels ou logistiques, en échange de ressources fiscales, d’emplois précaires et de loyautés politiques locales. La nation devient un obstacle, la souveraineté un archaïsme et le peuple une masse à gérer. L’Union européenne, loin d’être un rempart, est le problème majeur des peuples et sert de cadre juridique à cette dépossession, transformant la France en un espace ouvert, fragmenté, gouverné par normes et contrats plutôt que par la volonté populaire. Ce qui se joue n’est pas une modernisation, mais une désintégration organisée, où la disparition du pays n’est pas un accident du projet, mais sa condition même.
Si cette dépossession a pu s’opérer sans soulèvement décisif, ce n’est ni par accident ni par contrainte frontale, mais par accumulation silencieuse de décisions présentées comme techniques, inévitables et provisoires. À aucun moment le peuple n’a été consulté sur la fin de la souveraineté, la dilution de la nation ou la fragmentation du territoire ; ces choix ont été découpés en réformes sectorielles, traités opaques, ajustements réglementaires, toujours justifiés par la modernisation, la compétitivité ou l’urgence. Ce qui ne pouvait être imposé d’un bloc a été disséminé dans le temps, confié à des experts interchangeables, validé par des institutions hors de portée démocratique. Ainsi, la perte de contrôle n’a jamais été annoncée comme un projet politique, mais vécue comme une succession de fatalités administratives. Cette méthode n’est pas le fruit d’un hasard, mais le résultat d’un mode de reproduction très spécifique du pouvoir avec une élite qui ne se présente jamais comme telle, qui ne se pense même plus comme une classe et qui, de génération en génération, apprend à transformer ses intérêts en normes, ses choix en contraintes et sa domination en évidence.
Cartographie générationnelle d'un pouvoir usurpé
Le pouvoir contemporain ne se transmet plus par la filiation biologique, quoi que, mais il ne disparaît jamais, il se recycle. Il abandonne la brutalité pour la procédure, la domination visible pour la norme, l’autorité politique pour l’expertise prétendument neutre. À chaque génération, il se rend moins identifiable, plus abstrait, plus respectable, jusqu’à devenir indiscutable. Il ne se lègue plus comme un héritage que l’on conteste, mais s’impose comme un ordre naturel que l’on intériorise. Ce qui se reproduit n’est pas seulement une classe sociale, mais une structure mentale, un logiciel de gouvernement du monde, inculqué dès la formation des élites, naturalisé par les institutions, et présenté aux peuples comme la seule manière raisonnable de penser. La domination ne s’impose plus par la force : elle s’enseigne, se valide par diplômes, se protège par procédures, et se perpétue en se faisant passer pour le bon sens. Certes, ce ne sont plus des rois qui transmettent le pouvoir à leur descendance, même si les nouveaux barons voleurs continuent, eux, à sécuriser l’avenir de leurs héritiers à l’abri des lois qu’ils imposent aux autres. Le cœur du système n’est plus dynastique, il est caste.
Une caste d’arrivistes méthodiquement sélectionnés, cooptés non pour leur sens du bien commun, mais pour leurs qualités les plus utiles à la prédation que sont leur souplesse morale, leur intelligence retorse, leur docilité idéologique mais surtout, leur absence totale de scrupules. Ce pouvoir ne recrute pas des hommes d’honneur, mais des individus prêts à tout sacrifier — convictions, loyautés, racines — pour gravir les échelons. Le patriotisme leur est étranger, la nation un poids mort, la famille elle-même un obstacle dont ils n’hésitent pas à se délester, voire à piétiner, pour prouver leur disponibilité totale au système. Ils n’héritent pas d’un trône, mais d’un logiciel intellectuel qui apprend à mépriser le peuple tout en parlant en son nom, à invoquer l’intérêt général tout en servant des intérêts privés, à se présenter comme responsable tout en organisant leur propre impunité collective. Cette caste ne se reproduit pas par le sang, mais par l’épreuve où seuls survivent ceux qui acceptent de renoncer à toute fidélité autre que celle due au pouvoir lui-même. Ce n’est plus une aristocratie héréditaire ; c’est une aristocratie de la trahison, où l’ascension se paie par l’abandon de toute attache, de toute limite, de toute idée de loyauté autre que celle envers la machine qui broie les peuples. Et ainsi, une fois ce mode de sélection stabilisé, le système peut enfin se déployer dans le temps long. Car cette caste n’est pas figée puisqu’elle évolue par strates successives, chaque génération héritant non d’un pouvoir formel, mais d’un savoir-faire de prédation adapté à son époque.
À partir du milieu du XIXᵉ siècle, la kleptocratie occidentale apprend à se transformer au rythme des crises qu’elle provoque ou exploite d’abord de façon brutale et ostentatoire, puis institutionnelle, ensuite technocratique et enfin invisible. Chaque cycle corrige les excès du précédent sans jamais en remettre en cause la finalité visant à capter la richesse collective, neutraliser le politique et rendre la dépossession irréversible. L’histoire moderne n’est pas une suite de ruptures démocratiques, mais une sédimentation de méthodes de capture, où la violence directe cède progressivement la place à la règle, la règle au contrat, et le contrat à la norme globale. Comprendre cette continuité impose donc de lire le pouvoir non comme une succession de régimes, mais comme une chronologie de générations kleptocratiques, chacune perfectionnant l’art de gouverner sans peuple, contre lui et finalement sans même avoir à le nommer.
Première génération (1850–1914) — les fondateurs brutaux
La première génération est celle de la conquête nue. Aux États-Unis et en Europe occidentale, le capitalisme industriel enfante ses figures tutélaires comme Rockefeller, Morgan, Carnegie, Vanderbilt, mais aussi les grandes maisons bancaires européennes, Rothschild en tête. Cette élite ne se cache pas. Elle concentre, écrase, achète et corrompt tout par l'appât du gain. Elle finance les États, dicte les lois et assume sa violence économique comme un fait naturel.
Ces hommes comprennent très tôt une vérité stratégique faisant que la force brute finit toujours par produire ses propres fossoyeurs. L’accumulation obscène, la violence sociale et l’exploitation sans fard déclenchent des résistances qu’il devient coûteux de réprimer indéfiniment. Les lois antitrust naissantes, les grèves de masse, l’organisation ouvrière, les premières critiques intellectuelles du capitalisme signalent une limite qu’il faut contourner. La réponse n’est pas le renoncement, mais le camouflage. Cette génération ne se contente donc pas de fonder des empires industriels ; elle invente la philanthropie comme technologie de pouvoir. Rockefeller finance l’université de Chicago pour former les cadres idéologiques du nouvel ordre économique ; Carnegie dissémine des bibliothèques pour transformer la prédation en bienfait civilisationnel ; les grandes fortunes créent fondations, musées, chaires universitaires, non pour réparer les dégâts, mais pour reformater les esprits. L’argent arraché au travail devient capital moral, la domination se drape dans l’éducation, la culture et la science. Le pouvoir cesse de se présenter comme une contrainte et commence à se vendre comme une mission. Ce n’est pas un geste de générosité mais l’acte fondateur d’une stratégie durable, où l’exploitation se rachète par l’image, et où l’ordre social apprend à se justifier lui-même au nom du progrès, de la raison et du bien commun.
Deuxième génération (1914–1945) — les architectes institutionnels
La violence du premier âge cède la place à l’organisation méthodique. Cette génération ne se contente plus de posséder des empires privés mais construit aussi les infrastructures durables de la domination, celles qui font que le pouvoir peut s’exercer sans jamais paraître. Paul Warburg façonne la Réserve fédérale, John Maynard Keynes modèle les instruments de régulation économique, et les banquiers de J.P. Morgan & Co. tracent les contours financiers de l’État moderne. De l’autre côté de l’Atlantique, les réseaux britanniques issus de la Table Ronde et de Chatham House posent les fondations d’un ordre mondial qui se prétend neutre mais qui est en réalité parfaitement calibré pour concentrer le contrôle.
Cette génération comprend la vérité simple mais cruciale que la force visible attire la contestation alors que l’institution invisible la neutralise. Ainsi, la création de banques centrales, de Think-tanks, de conseils internationaux et de comités d’experts ne relève pas d’une philanthropie intellectuelle mais de la militarisation de la raison. C’est un moyen de gouverner par les règles, les normes et les statistiques, tout en laissant les peuples croire qu’ils participent à un système impartial. Le contrôle s’exerce désormais derrière des façades de compétence, la domination devient discrète, bureaucratique, et infiniment plus difficile à contester que la brutalité de leurs prédécesseurs.
La Réserve fédérale voit le jour en 1913, le Council on Foreign Relations en 1921, Chatham House en 1920. Derrière ces noms prestigieux, loin des projecteurs, se dessine le passage du pouvoir de la propriété à la gestion systémique du monde. Les élites cessent d’apparaître comme des maîtres d’argent pour devenir des administrateurs invisibles de la société, se drapant dans le langage de la stabilité, de l’équilibre et de la rationalité. Les horreurs de la Première puis de la Seconde Guerre mondiale leur offrent l’argument idéal que sans leur contrôle discret, prétendent-elles, c’est le chaos assuré !
Un argument fallacieux, mais efficace pour justifier la concentration des leviers du monde entre des mains invisibles. Cette génération institue alors une règle immuable où le véritable pouvoir doit être indirect. Celui qui décide ne doit jamais se montrer, celui qui est visible ne fait qu’exécuter. Les guerres, les crises et les réformes deviennent autant d’alibis pour transférer les responsabilités vers des structures techniques et des institutions neutres en apparence, alors que le contrôle réel reste strictement confidentiel, concentré, et toujours orienté vers la préservation des privilèges d’une caste qui apprend à gouverner sans jamais rendre de comptes.
Dans l’entre-deux-guerres, cette génération de gestionnaires invisibles affine sa méthode : transformer la guerre en outil de contrôle économique. Les États, ruinés par le conflit mondial, deviennent des clients dociles de la finance organisée. Les élites imposent "l’ impôt de guerre"( En 1914, l'impôt sur le revenu est créé par le ministre des Finances Joseph Caillaux, présenté comme un impôt patriotique pour financer l'effort de guerre) et ses déclinaisons, prélèvements massifs destinés à couvrir les dépenses militaires et la reconstruction, mais qui servent surtout à enfermer les sociétés dans la dette. Chaque taxation, chaque emprunt est calibré pour créer une dépendance durable où l’État devient créditeur et débiteur à la fois, mais toujours sous la direction indirecte de banquiers et d’experts qui restent invisibles. La dette n’est plus un simple instrument budgétaire mais devient un levier de discipline sociale et politique, un mécanisme par lequel la population est contrainte de financer son propre assujettissement. Les plans de remboursement, les taux d’intérêt et les obligations publiques sont conçus non pour soulager, mais pour formater les économies nationales, préparer la réorganisation industrielle et garantir que la prochaine crise, réelle ou fabriquée, servira à accroître la mainmise des élites sur le monde réel, tout en dissimulant derrière l’apparence de l’ordre fiscal et de la rationalité économique un projet de domination systémique.
Troisième génération (1945–1975) — les administrateurs globaux
Après 1945, une nouvelle génération prend le relais, plus raffinée, plus discrète, plus globale. Formée dans les universités d’élite, socialisée dans les clubs transatlantiques, intégrée aux institutions internationales naissantes, elle incarne le technocrate global, dont John J. McCloy, David Rockefeller, les cadres du FMI et de la Banque mondiale deviennent les figures de proue d’un pouvoir qui ne se montre jamais mais s’exerce partout. Ces hommes et femmes ne possèdent pas toujours le capital ; ils en administrent les conditions de reproduction, définissent les règles du jeu, orientent la circulation de l’argent et de l’influence.
Ils ne parlent jamais d’intérêts privés, mais de "développement"; jamais de domination, mais de "coopération" ; et pourtant, chaque plan, chaque norme, chaque réforme devient un instrument de contrôle, chaque dette un moyen de discipline, chaque aide un outil de transformation structurelle visant à verrouiller les sociétés dans des schémas économiques et politiques précis.
C’est aussi à cette époque que se cristallise une culture commune de l’élite invisible avec le même langage économique, les mêmes références intellectuelles, les mêmes lieux de sociabilité. Les forums, clubs et rencontres transatlantiques — dont le Bilderberg dès 1954, comme le Council on Foreign Relations, la Chatham House ou la Commission Trilatérale avant lui— ne sont pas des centres de décision ouverts, mais des rites de reconnaissance, des lieux où l’on apprend à penser pareil, à harmoniser les objectifs, à coordonner la domination globale sous couvert de neutralité. La stratégie est simple et vise à l’uniformisation intellectuelle permettant de dissoudre les rivalités, d’éviter les fuites et de garantir que les décisions, qui façonnent des millions de vies, sont prises par des individus interchangeables, formés à obéir aux mêmes règles et à appliquer la même logique de contrôle, tout en restant invisibles et moralement légitimes aux yeux des peuples.
Quatrième génération (1975–2000) — les dérégulateurs
La crise des années 1970 marque un tournant décisif dans l’histoire de la kleptocratie moderne. Une génération entièrement nouvelle émerge, formée dans les écoles de commerce, les départements d’économie néoclassique, les cabinets d’audit et de conseil stratégique. Moins idéologique que ses prédécesseurs, plus cynique, plus impitoyable et d’une efficacité froide, elle transforme le contrôle économique en science exacte. Thatcher et Reagan sont les visages politiques visibles, mais les vrais maîtres de la manœuvre opèrent ailleurs et Goldman Sachs, McKinsey, Deloitte, Boston Consulting Group, etc. comme les grandes banques d’investissement deviennent les laboratoires où se conçoit le nouvel ordre mondial.
Cette génération apprend à faire disparaître la politique derrière la technique, à présenter la prédation comme neutralité et les intérêts privés comme expertise. La dérégulation devient une "nécessité scientifique" ; les privatisations, des évidences naturelles. Les États sont redéfinis comme des marchés mal gérés, que les technocrates doivent corriger pour le bien général — tout en servant des intérêts particuliers. La circulation des hommes entre banques, ministères et conseils d’administration, jadis suspecte, devient la norme : la porte tournante n’est plus un vice mais un indicateur de compétence et de loyauté envers le système. Dans cette architecture, la frontière entre pouvoir public et puissance privée s’efface, et le citoyen, réduit à simple spectateur, finance et cautionne un processus dont il ne voit que les décorations techniques, jamais les chaînes qu’il subit.
Cinquième génération (2000–2020) — les gestionnaires de crises
La génération suivante hérite d’un monde instable, mais déjà verrouillé par les mécanismes élaborés par ses prédécesseurs. Elle ne promet plus la prospérité : sa stratégie est plus subtile, plus cynique, plus efficace. Son langage n’est pas celui de l’idéologie ou du progrès, mais celui du risque, de l’urgence et de la contingence, qui sert à légitimer tout ce qu’elle fait. Crises financières, guerres asymétriques, pandémies, effondrements économiques… Tout devient opportunité de gouvernance, de restructuration et surtout de concentration du pouvoir. Mario Draghi sauve la zone euro en verrouillant les dettes souveraines ; Christine Lagarde orchestre la BCE et le FMI comme des outils de discipline ; Henry Paulson "sauve" les banques américaines, imposant des règles de redistribution qui servent en réalité les créanciers et les élites financières.
Cette génération n’invente rien, elle stabilise et verrouille, mais sa maîtrise est totale !Chaque crise devient un levier pour conditionner les États et asservir les populations. La dette publique et privée, l’interventionnisme prétendument technique, la gestion des flux financiers et des aides internationales sont utilisés non pour résoudre les problèmes, mais pour étendre le contrôle des élites invisibles sur des sociétés entières. La démocratie devient un décor, un théâtre où le consentement populaire est sollicité uniquement pour légitimer les mesures d’urgence. L’urgence, la peur, la menace du chaos… voilà les véritables instruments de pouvoir, surpassant la séduction ou la promesse.
Le cynisme de cette génération est machiavélique et elle transforme la vulnérabilité en moyen de discipline globale. Chaque décision, chaque plan de sauvetage, chaque réforme financière ou sanitaire sert à reproduire le système à son avantage, et à garantir que la reproduction de l’élite ne repose plus sur le mérite, ni sur la force, mais sur la peur et la dépendance. Les banques sauvées avec l’argent public deviennent des instruments d’autorité, les États surendettés, des instruments de docilité. Dans ce modèle, la survie du système prime sur celle des peuples. Le chaos n’est pas un accident, il est un argument stratégique, orchestré manipulé et ceux qui prétendent le contenir exercent en réalité le pouvoir absolu, violent, invisible mais omniprésent.
Sixième génération (depuis 2020) — les héritiers invisibles
La génération actuelle est la plus discrète, la plus insidieuse. Elle ne cherche plus la lumière, car la visibilité est désormais un danger puisque montrer le pouvoir équivaut à exposer les rouages de la domination. Elle opère dans les fonds d’investissement, les plateformes numériques, les cabinets de conseil stratégique et les institutions hybrides public-privé, espaces où la responsabilité se dilue et les décisions se transforment en algorithmes, normes et contrats. Son vocabulaire est soigneusement choisi avec des mots creux comme résilience, transition, durabilité… Cependant, derrière ces mots, se cache un projet clair mais masqué visant à intégrer la critique pour mieux la neutraliser, convertir la contestation en instrument de légitimation et présenter chaque monopole, chaque privatisation, chaque réforme imposée comme une nécessité universelle.
Formée dans les mêmes universités, passée par les mêmes stages, sélectionnée par les mêmes réseaux que ses prédécesseurs, cette génération ne se perçoit même plus comme une élite. Elle se voit comme le sens commun du monde, comme la rationalité impersonnelle incarnée. La domination devient environnementale : elle ne se montre plus, elle pénètre les structures mêmes de la société, des flux financiers aux plateformes de communication, des normes écologiques aux règles de gouvernance. On ne la voit pas, mais on respire dedans, chaque contrat, chaque loi, chaque algorithme étant calibré pour reproduire sa puissance et verrouiller les alternatives.
Cette génération finalise le modèle élaboré depuis 1850 où le pouvoir n’a plus besoin de se montrer ni de promettre. Il est devenu irresponsable et donc impuni. Il ne se mesure plus par la richesse ou le rang, mais par la capacité à contrôler les systèmes eux-mêmes — financiers, numériques, réglementaires — et à formater les sociétés pour qu’elles acceptent leur propre soumission. Là où les premières générations imposaient la peur, les crises ou la dette, les héritiers actuels neutralisent la contestation avant même qu’elle n’apparaisse, transforment le consentement en automatisme et imposent leur domination sous couvert de rationalité, de bien commun et d’urgence environnementale. La démocratie, comme toutes les institutions, devient un décor où ce qui compte désormais, ce n’est pas ce que l’on voit, mais ce que l’on respire sans le savoir.
L’Union européenne est le temple contemporain de cette kleptocratie transnationale. Les commissaires, hauts fonctionnaires et technocrates qui y circulent ne sont pas élus par les peuples mais sont nommés, cooptés et recyclés à l’intérieur d’un système qui reproduit les mêmes profils, issus des mêmes écoles, des mêmes cabinets, des mêmes réseaux. Chaque décision, chaque directive, chaque règlement technique est calibré non pas pour servir les citoyens, mais pour préserver et étendre l’emprise de cette caste invisible sur les ressources, les marchés et les flux financiers. La Commission européenne, la Banque centrale européenne, la Cour de justice de l’UE fonctionnent comme des instruments de verrouillage où leurs actes semblent techniques et neutres, mais où derrière chaque norme se cache une logique de captation, de dépendance et de discipline des États et des populations. L’Union européenne n’est pas un rempart, elle est la partie visible d’un iceberg mafieux immonde issus d'un réseau de trafiquants organisé pour la domination, où la souveraineté nationale est diluée, la démocratie décorative, et où l’ensemble du continent est progressivement vendu à la découpe aux intérêts de quelques barons voleurs transfrontaliers. Tant que cette structure perdurera, l’Europe, comme le monde entier, ne sera pas gouvernée mais sera seulement administrée pour servir des élites et non pour protéger ses peuples.
La reproduction d'un schéma de prédation comme évidence
Ainsi se perpétue l’élite contemporaine : non par complot visible, mais par une continuité sociale soigneusement orchestrée, non par hérédité, mais par filtrage, cooptation et homogénéisation des parcours. Chaque génération croit corriger les excès de la précédente, mais aucune ne remet jamais en cause le cœur du système : la capture des États et des sociétés au profit de quelques clans. La mafia ancienne recrutait par la loyauté ; la mafia moderne recrute par le CV, par la conformité aux réseaux, par l’aptitude à ignorer l’honneur, à piétiner sa famille et à transformer le cynisme en compétence. La France, fragmentée par les régions, les métropoles et les partenariats public-privé, est aujourd’hui vendue à la découpe ! Ses institutions, ses richesses, sa souveraineté économique et politique sont transférées à des élites qui se croisent entre cabinets de conseil, banques et institutions européennes. L’Union européenne, loin d’être un rempart, est la caisse de résonance et le cadre juridique de cette dépossession, transformant le pays en un territoire ouvert, administré par des barons voleurs sous couvert de rationalité et de compétence. Tant que l’on continuera à appeler "talent" ce qui relève de l’accès aux bons réseaux, tant que l’on continuera à confondre expertise et domination, la France ne sera pas gouvernée mais sera exploitable, fragmentée et préparée à disparaître dans le projet fédéraliste de ces élites invisibles.
Phil BROQ.
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