LE DERNIER ROYAUME TERRESTRE - II -

Dans le premier billet, nous avons posé une question simple mais vertigineuse pour savoir qui possède réellement le pouvoir lorsque les citoyens ne contrôlent plus les mécanismes dont dépend leur existence ? Nous avons regardé derrière le théâtre politique, derrière les indignations médiatiques et derrière les guerres de récits. Mais regarder le pouvoir ne suffit pas. Il faut maintenant regarder ce qui le nourrit.

Car le pouvoir politique a besoin d'argent. Les États ont besoin de crédit. Les entreprises ont besoin de capitaux. Les infrastructures ont besoin d'investissements. Les guerres ont besoin de financements. Les reconstructions aussi. Et derrière chacun de ces besoins circulent des milliards, changent de mains, produisent des intérêts, créent des dépendances et redistribuent, parfois silencieusement, le pouvoir.

C'est ici que la dette devient bien plus qu'un chiffre inscrit dans les comptes publics. Elle devient un rapport de force.

Lorsqu'un État s'endette massivement, il ne contracte pas seulement une obligation comptable mais il crée un flux financier durable vers ceux qui détiennent ses créances. Lorsque les taux augmentent, ce flux peut grossir. Lorsque les finances publiques se tendent, les gouvernements invoquent la discipline, les réformes et les sacrifices nécessaires. Mais derrière ces mots technocratiques demeure une question rarement posée avec suffisamment d'insistance : qui reçoit les intérêts, qui supporte le coût et qui possède finalement les créances ?

Il serait toutefois trop facile de remplacer une caricature par une autre et de désigner immédiatement quelques banques, quelques familles ou quelques gestionnaires d'actifs comme les maîtres absolus du système. La réalité est plus complexe — et probablement plus inquiétante. Le pouvoir financier est diffus, interconnecté, institutionnalisé. Il circule à travers les banques, les fonds de pension, les assureurs, les gestionnaires d'actifs, les banques centrales, les marchés obligataires, les multinationales et les investisseurs institutionnels. Il n'a pas besoin d'un centre de commandement unique pour produire des effets considérables. Et c'est précisément là que commence notre deuxième enquête.

La dette devient une arme et la guerre un marché

Que se passe-t-il lorsque ceux qui possèdent le capital disposent d'un pouvoir suffisamment important pour contraindre ceux qui gouvernent ? Que devient une démocratie lorsque ses décisions sont constamment limitées par le coût du financement, la réaction des marchés, la mobilité des capitaux ou la nécessité de préserver la confiance des investisseurs ? Et que se produit-il lorsque les crises elles-mêmes deviennent des occasions d'investissement ?

Car il existe une mécanique que nous devons désormais examiner la dette, la monnaie, les banques centrales, la concentration patrimoniale, les grands gestionnaires d'actifs, les privatisations, les reconstructions et, finalement, les guerres.

Une guerre détruit des villes, des infrastructures et des vies. Mais elle crée aussi des besoins colossaux de financement, d'armement, d'énergie, de reconstruction et de crédit. Une crise peut ruiner certains acteurs tout en permettant à d'autres d'acquérir des actifs à prix réduit. Un État affaibli peut être contraint de vendre, de privatiser ou de s'endetter davantage. Et une population qui paie la facture d'aujourd'hui peut encore payer celle de demain à travers la dette contractée pour reconstruire ce qui vient d'être détruit. À partir de là, une question devient incontournable pour savoir si le véritable moteur de certaines crises n'était pas seulement idéologique ou militaire, mais aussi économique ?

Cela ne signifie évidemment pas que chaque guerre serait déclenchée par quelques financiers assis autour d'une table. Ce serait remplacer l'analyse par une nouvelle fable. Cela signifie quelque chose de plus précis car il faut étudier les intérêts économiques qui apparaissent, se renforcent ou se concentrent lorsque surviennent les crises. Qui finance ? Qui vend ? Qui prête ? Qui rachète ? Qui reconstruit ? Qui s'endette ? Qui récupère les actifs ? Et surtout : qui sort finalement plus puissant qu'avant ?

C'est à cette mécanique que nous allons maintenant nous attaquer. De la dette publique aux banques centrales. Des marchés obligataires à la concentration patrimoniale. Des géants de la gestion d'actifs au «néoféodalisme» financier. Puis de la finance aux guerres, des guerres aux reconstructions et des reconstructions aux nouveaux marchés. Car si le premier billet cherchait à comprendre où se trouve le pouvoir, celui-ci cherchera à comprendre comment il se finance, comment il se perpétue — et parfois comment il peut trouver dans la crise elle-même une nouvelle source de puissance. Et pour cela, il faut commencer par le fil invisible qui relie presque tout le reste, à savoir lLa dette !

La dette est le fil invisible qui étrangle les États comme les peuples

La dette publique est souvent présentée comme une simple affaire comptable mais elle ne l'est pas. Lorsqu'un État accumule une dette considérable, une part croissante de ses recettes est consacrée au financement de cette dette et surtout de ses intérêts. Les gouvernements disposent alors de moins de marges pour investir, redistribuer ou transformer leur économie. Et lorsque les taux augmentent, la mécanique devient particulièrement brutale. Le citoyen entend alors parler de «discipline budgétaire», de «réformes nécessaires», d’austérité», etc.  Mais il entend rarement perler de qui reçoit systématiquement ces intérêts.

La réponse n'est pas simplement «les banques», BlackRock, Rothschild ou Rockefeller. Le système obligataire est plus complexe et les détenteurs de dette publique comprennent des banques, des fonds de pension, des assureurs, des fonds d'investissement, des banques centrales, des investisseurs institutionnels et des épargnants. Autant de paravents qui empêchent de voir où atterrissent les capitaux, in fine 

Et lorsque les bénéfices sont privatisés tandis que les pertes sont socialisées, lorsque certaines grandes fortunes utilisent les frontières fiscales pour optimiser leur patrimoine pendant que les États réduisent leurs dépenses publiques, le citoyen peut légitimement demander pourquoi toujours demander des sacrifices à ceux qui possèdent le moins ? Car les véritables parasites de la nation, indépendamment des politiciens eux-mêmes, ce sont bien ces personnes qui ne paient pas d’impôts et pire même puisqu’elles sont subventionnées pour nous détruire.

Les banques centrales 

Les banques centrales sont officiellement indépendantes des gouvernements afin de préserver la stabilité monétaire et financière. Mais cette indépendance soulève une contradiction démocratique fondamentale. Personne ne sait qui décide des taux ? Qui décide de l'orientation monétaire ? Qui décide de la quantité de liquidité disponible ? Qui supporte les conséquences d'une hausse brutale de ces taux ? Et qui supporte systématiquement les conséquences d'une inflation persistante ?

Il serait simpliste de dire que les banques centrales sont des organismes «privés» et directement contrôlées par quelques milliardaires incontrôlables comme Rothschild. Ce n'est pas ainsi que fonctionnent institutionnellement la BCE ou la Réserve fédérale. Mais il serait tout aussi naïf d'imaginer que la politique monétaire évolue dans un vide politique et économique.

Les marchés obligataires réagissent aux décisions monétaires. Les gouvernements dépendent du financement de leur dette. Les banques dépendent des conditions de liquidité. Les entreprises dépendent du crédit. Les ménages dépendent des taux hypothécaires. Théoriquement la banque centrale ne gouverne donc pas directement le peuple, mais ses décisions déterminent une large partie des contraintes à l'intérieur desquelles le peuple peut être gouverné. Et c'est une différence essentielle.

La finance comme nouveau pouvoir féodal

Nous avons officiellement aboli les aristocraties mais nous n'avons pas aboli la concentration patrimoniale. Nous avons simplement changé les titres. Le château est devenu portefeuille immobilier. Le domaine féodal est devenu fonds d'investissement. La rente foncière est devenue dividende. Le privilège héréditaire est devenu transmission patrimoniale. Et si de nos jours, le pouvoir se transmet moins par le sang que par le capital, le résultat peut présenter une troublante ressemblance puisque les mêmes familles ou les mêmes groupes patrimoniaux peuvent conserver une influence considérable sur plusieurs générations.

C'est ici que l'expression de «néoféodalisme» prend son sens politique. Il ne s'agit pas de prétendre que nous vivons littéralement sous un système féodal. Du moins pas encore…Il s'agit de constater qu'une société où le patrimoine se concentre durablement peut reproduire des rapports de pouvoir qui ressemblent, par de nombreux aspects, à ceux que les révolutions modernes prétendaient abolir. La question devient alors radicale pour savoir à partir de quel niveau de richesse cesse-t-on simplement d'être riche pour commencer à devenir politiquement puissant ?

BlackRock, les fonds géants et le fantasme de l'omnipotence

Il faut ici résister à une autre manipulation qui consiste à transformer chaque grande société financière en gouvernement clandestin de la planète. BlackRock n'est pas un «gouvernement mondial» mais il y contribue largement avec ses 15 000 milliards d’actifs. Or, les grands gestionnaires d'actifs ne contrôlent pas magiquement tous les États car il faut beaucoup de corruption, de chantage et de rétro-commissions pour rémunérer ses agents, à l’image d’un Macron ou d’un Zelensky.

Lorsque des gestionnaires d'actifs administrent des milliers de milliards de dollars, lorsqu'ils détiennent des participations dans d'innombrables entreprises incontournables et lorsqu'ils deviennent des acteurs majeurs des marchés, leur influence systémique devient une question démocratique légitime. Le débat sérieux ne consiste donc pas à hurler «ils contrôlent tout». Il consiste à demander «Quelle quantité de pouvoir économique une démocratie peut-elle accepter entre les mains d'acteurs privés avant que le pouvoir politique ne devienne secondaire ?» Et cette question, à mon sens, est infiniment plus dérangeante et infiniment plus intéressante.

Le capitalisme du désastre

Les guerres détruisent, mais la reconstruction enrichit encore plus ceux qui les financent. Les crises détruisent mais la restructuration ouvre alors de nouveaux  marchés. Les États affaiblis privatisent, les entreprises des oligarques rachètent à bas coût et les populations paient le prix de cette rapacité excessive. C'est ce mécanisme que l'on peut appeler, au sens large, »le capitalisme du désastre ». Sans rentrer ici dans l'idée tout à fait légitime selon laquelle chaque guerre aurait été déclenchée uniquement pour enrichir quelques familles ou entreprises. Mais il est certain que les crises créent des opportunités économiques considérables pour certains acteurs. Voire toujours les mêmes acteurs… Comme pour l'Irak, la Libye, la Syrie, le Liban, l’Iran, l'Ukraine… Et demain, à n’en pas douter, d'autres territoires encore jusqu’à ce que tout soit leur propriété.

Car chaque guerre laisse derrière elle des infrastructures détruites, des dettes, des ressources à exploiter, des entreprises à reconstruire, des marchés à conquérir et des populations dépendantes de capitaux extérieurs par l’imposition de cette dette. Et le danger est alors évident puisque lorsque la guerre devient si économiquement rentable, la paix cesse d'être l'objectif premier.

L'Ukraine est un cas d'école du focntionnement mafieux de l'occident

La guerre en Ukraine constitue l'un des exemples les plus tragiques de cette construction financière vivant uniquement de la mort et de la destruction. En théorie, le droit international protège l'intégrité territoriale des États. Mais il reconnaît également, dans certaines conditions, le principe de l'autodétermination des peuples. Et ces principes peuvent entrer en tension. La question devient alors de savoir jusqu'où peut-on invoquer l'intégrité territoriale lorsqu'une population affirme vouloir s’en séparer ? Et jusqu'où peut-on invoquer l'autodétermination lorsqu'une puissance militaire extérieure intervient ? 

De même, transformer chaque camp en incarnation absolue du Bien ou du Mal relève davantage de la propagande que de l'analyse. Ce qui est certain, c'est que l'Ukraine est devenue un champ de confrontation dépassant largement son territoire. Elle est devenue un affrontement entre modèles de puissances militaires, intérêts économiques, architectures financières et visions concurrentes de l'ordre décidé par les mondialistes. Et c'est précisément pour cela qu'il est dangereux de réduire cette guerre à une simple fable morale. Derrière ces affrontements se dessine aussi une ambition plus vaste : celle de modeler progressivement l'ordre mondial selon une vision idéologique portée par des intérêts financiers devenus suffisamment puissants pour peser sur les États, les institutions et les sociétés. Une volonté de transformation globale qui ne se contente plus d'influencer les règles du jeu, mais cherche à en définir les contours, les normes et, à terme, les limites de ce qu'un peuple peut encore décider par lui-même. 

L'OTAN, la Russie et le risque de l'escalade

Une défaite occidentale en Ukraine signifierait mécaniquement la «fin de l'OTAN» et je crois qu'une victoire russe signifierait automatiquement l'effondrement de l'ensemble du système financier occidental corrompu et prédateur. Elle pourrait aussi provoquer une remise en cause profonde de la crédibilité stratégique européenne et américaine. Voilà pourquoi les dirigeants occidentaux ont tant investi politiquement, militairement et financièrement dans ce conflit. Il en va de leur survie. Et voilà pourquoi la perspective d'une négociation est si complexe.

Les États-Unis peuvent vouloir réduire leurs engagements militaires et financiers dans cette agression absurde. L'union Européenne peut légitimement craindre de se retrouver seule face à la Russie. L'Ukraine peut continuer à considérer certaines concessions territoriales comme inacceptables et la Russie peut considérer les garanties de sécurité comme insuffisantes. Mais les marchés, eux, observent tout cela comme des lignes de risque, donc de profits à venir. La guerre devient alors une gigantesque équation géopolitique où se mêlent territoire, sécurité, dette, énergie, industrie militaire, monnaie et crédibilité stratégique. Et le citoyen, lui, regarde les conférences de presse propagandistes pour se forger une idée à partir d’éléments dévoyés.

L'Iran, Israel et le Moyen-Orient : derrière la religion, l'accaparement des ressources et les rapports de force

Au Moyen-Orient, le même piège intellectuel se répète inlassablement. On nous présente souvent des conflits religieux, civilisationnels ou idéologiques. Mais derrière les slogans moraux existent aussi le pétrole, le gaz, les routes commerciales, les alliances militaires, les détroits stratégiques, les monnaies de règlement et les équilibres régionaux. L'Iran constitue depuis toujours une puissance majeure de la région. Son développement économique et son intégration accrue dans des réseaux commerciaux non occidentaux pourraient modifier les équilibres du Moyen-Orient, mais aussi du monde entier.

Il est donc parfaitement légitime d'étudier les véritables intérêts économiques et stratégiques des anglo-saxons, des États-Unis, d'Israël, de l'Arabie saoudite, du Qatar, des Émirats arabes unis, mais aussi de la Turquie, de la Russie et de la Chine, dans une économie imbriquée où les ennemis d'hier seront les amis sinon clients de demain. Pendant ce temps, la réalité est probablement nettement moins morale où ceux qui dirigent vraiment les États poursuivent uniquement leurs intérêts financiers. Et lorsque ces intérêts s'affrontent, les peuples paient trop souvent l'addition.

La guerre derrière la guerre

Nous voici donc arrivés au bout de cette deuxième étape. Nous avons suivi le fil de la dette jusqu'aux banques centrales, des marchés financiers jusqu'à la concentration patrimoniale, des gestionnaires d'actifs jusqu'aux infrastructures, puis de la finance jusqu'aux guerres et aux gigantesques marchés de la reconstruction. Vous constatez qu’il devient impossible de comprendre les conflits contemporains sans comprendre les intérêts économiques, monétaires et financiers qui les entourent.

Mais il serait aussi trop simple de croire que tout se résume à l'argent. Car l'argent n'est jamais seulement de l'argent puisqu’il donne surtout accès au pouvoir. Et le pouvoir permet d'imposer des règles, ces règles qui façonnent les sociétés, et ces sociétés finissent par produire une vision du monde. Et c'est précisément à ce stade que notre enquête doit désormais changer d'échelle.

Car si la dette permet de contraindre, si la finance permet d'acquérir, si la guerre permet parfois de détruire puis de reconstruire, qui décide aujourd'hui de l'architecture du monde qui émergera de ces bouleversements ? C'est ici qu'apparaît la remise en cause progressive de l'ordre international dominé par l'Occident Talmudo-mondialiste et la montée de nouvelles puissances économiques, commerciales, technologiques et monétaires avec les BRICS.

L'affirmation de la Chine et le retour de la Russie comme puissances stratégiques, les ambitions de l'Inde et du Brésil, leurs nouvelles routes commerciales, la diversification des monnaies de règlement et la volonté croissante de certains États de réduire leur dépendance au dollar ne sont pas de simples anecdotes géopolitiques. Ils constituent peut-être les premiers symptômes visibles d'une transformation beaucoup plus profonde livrant la bataille pour savoir qui écrira les règles du prochain monde.

Et c'est là que le troisième billet commencera, puisque nous examinerons la nouvelle stratégie américaine impulsée par Donald Trump, le repositionnement de Washington, la mise à mal du système anglo-saxon au centre du pouvoir financier mafieux dans lequel nous sommes englués, mais aussi la montée en puissance des BRICS et la fragmentation progressive de l'ordre économique mondialiste. Mais nous irons surtout vers un territoire encore plus déterminant, parce qu'il touche directement à l'avenir de chaque individu avec la souveraineté numérique et la souveraineté cognitive, mises en périls par les technocrates fous en quête de suprémacisme.

Et si nous avons longtemps pensé que la souveraineté consistait à contrôler un territoire, une armée, une monnaie et des frontières, demain, cela pourrait ne plus suffire. Car désormais, celui qui contrôle les infrastructures numériques contrôle aussi une majeure partie des données et des échanges économiques et financiers. Et celui qui contrôle les données contrôle donc l'information. Et celui qui contrôle les algorithmes contrôle désormais ce qui devient visible sur les plateformes. Donc celui qui contrôle les plateformes peut influencer tout ce que nous lisons, ce que nous regardons et parfois même ce que nous croyons. Et alors, celui qui parvient à influencer la manière dont une population interprète le réel possède peut-être ainsi un pouvoir supérieur à celui qui contrôle simplement ses ressources.

C'est pourquoi la prochaine bataille pourrait être la plus importante de toutes car elle ne se déroulera pas nécessairement sur un champ de bataille. Elle se déroulera dans les réseaux, dans les monnaies, dans les infrastructures, dans les systèmes d'information et, finalement, dans l'esprit humain. 

Pendant que les médias nous montrent les guerres visibles — Ukraine, Moyen-Orient, rivalités militaires, crises diplomatiques — une autre guerre, beaucoup plus silencieuse, se joue simultanément avec la guerre pour le contrôle des flux financiers, des technologies, des données, des récits et de la capacité des peuples à penser par eux-mêmes. Et peut-être est-ce précisément pour cette raison qu'elle est si difficile à voir. Car une population peut perdre progressivement sa souveraineté sans qu'aucun soldat étranger ne franchisse sa frontière.

Elle peut perdre sa souveraineté monétaire par la dépendance financière. Sa souveraineté économique par la dépendance industrielle. Sa souveraineté énergétique par la dépendance aux ressources extérieures. Sa souveraineté numérique par la dépendance aux infrastructures qu'elle ne possède plus. Et, plus profondément encore, sa souveraineté cognitive lorsqu'elle finit par ne plus être capable de distinguer ce qu'elle pense de ce qu'on lui a appris à penser.

C'est cette dernière frontière que nous allons franchir dans le prochain billet. Parce que si les deux premiers billets cherchaient à comprendre qui possède le pouvoir et comment ce pouvoir se finance, le troisième posera une question encore plus vertigineuse pour distinguer dans ce brouillard de guerre qui cherche désormais à définir le monde dans lequel nous allons devoir vivre — et surtout, qui cherche à définir la manière dont nous allons le percevoir ? La véritable guerre pourrait bien être déjà commencée et cette fois, le champ de bataille n'est plus le monde entier mais directement votre propre esprit.

Phil BROQ.



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