L’IA AU SERVICE DE LA PARESSE ET DU MENSONGE
Il faut cesser de présenter les «hallucinations» de l’intelligence artificielle comme de simples bugs amusants d’une technologie encore jeune. Le mot lui-même est une escroquerie sémantique. Une machine qui invente des sources, fabrique des données et présente avec aplomb des informations inexistantes ne «rêve» pas, elle produit du faux. Et lorsqu’un faux est habillé du vocabulaire de l’expertise, enfermé dans un rapport de cent pages, bardé de graphiques et signé par un cabinet prestigieux, il cesse d’être une simple erreur pour devenir un instrument de pouvoir. L’affaire PwC est, à cet égard, particulièrement révélatrice.
PwC (abrégé de PricewaterhouseCoopers) est un réseau international d'entreprises spécialisé dans l'audit, l'expertise comptable, le conseil et l'expertise juridique et fiscale. Fondé officiellement en 1998 par la fusion de Price Waterhouse et Coopers & Lybrand (dont les origines remontent à 1849), il est l'un des quatre plus grands cabinets mondiaux, connu sous le nom de Big Four, aux côtés de Deloitte, EY et KPMG. Le siège social du réseau est situé à Londres, et il opère comme un ensemble d'entités juridiques indépendantes présentes dans 136 à 157 pays (selon les sources récentes). En 2024, le groupe a réalisé un chiffre d'affaires mondial de 56,9 milliards de dollars et emploie environ 364 000 collaborateurs. En France, PwC France et Maghreb compte environ 7 000 collaborateurs et est présidé par Patrice Morot depuis 2021, avec son siège situé à Neuilly-sur-Seine.
Selon l’enquête rapportée par Consultor, quatre publications de PwC Moyen-Orient comportaient de nombreuses erreurs grossières telles que des références inexistantes ou sans rapport avec les affirmations avancées, des données que les sources citées ne contenaient pas, des graphiques reposant sur des références introuvables, etc. Plus spectaculaire encore, un rapport aurait présenté comme réel un dispositif baptisé «Citizen Pulse», (une entreprise spécialisée dans la gestion d'élections (parlementaires, publiques et privées) et le marketing politique. Elle utilise des solutions axées sur les données pour analyser les électeurs, gérer les campagnes et conseiller les candidats), supposément déployé dans plusieurs pays, alors qu’aucune des sources invoquées ne permettait d’en établir l’existence. Le Financial Times a par ailleurs confirmé l'analyse citée par Consultor. Et voilà le véritable problème.
Ce n’est pas que l’IA se trompe. C’est que nous sommes en train de construire une civilisation dans laquelle la forme du savoir peut survivre à la disparition du savoir lui-même. Ainsi, un texte bien écrit devient une preuve. Un graphique bien monté devient une évidence. Une citation inventée devient une garantie. Une liste de références introuvables devient un simulacre d'autorité. Et puisque la machine produit tout cela en quelques secondes, l’humain est progressivement incité à ne plus vérifier.
Pourquoi chercher, lire, comparer et douter lorsque quelques mots suffisent désormais à obtenir une réponse immédiatement emballée, propre et rassurante ? Cette facilité nourrit une paresse intellectuelle nouvelle, une forme d’addiction au confort technologique où l’effort de comprendre devient lui-même une contrainte archaïque, alors même que les recherches sur l'externalisation cognitive (cognitive offloading) montrent que les individus tendent naturellement à déléguer aux algorithmes une partie de leur charge mentale dès lors que cela leur permet d’économiser de l’effort.
Et pour certains, le phénomène va plus loin encore : l’IA devient une machine à fabriquer artificiellement de la compétence et de la notoriété, permettant de produire en quelques minutes textes, images, analyses ou expertises que l’on peut ensuite exhiber comme le fruit de son propre talent — la technologie ne servant alors plus seulement à éviter de penser, mais à donner l’illusion publique que l’on pense mieux que les autres. C’est là que le mensonge devient politiquement intéressant.
Car avant l’IA, un mensonge ancien avait besoin d’un menteur. Il fallait falsifier, maquiller, corrompre, manipuler. Il fallait prendre le risque d’être découvert. Avec l’IA générative, une partie de cette mécanique change puisque le faux peut être produit automatiquement, à une échelle industrielle, avec une apparence de neutralité et d’objectivité.
La machine ne dit pas : «Je veux vous tromper.», elle dit quelque chose de beaucoup plus dangereux lorsqu’elle dit : «Voici la réponse !» Et cette différence est fondamentale. Parce que l’autorité ne vient plus nécessairement de la vérité du contenu, mais de la puissance supposée de l’outil qui le produit.
C’est ainsi que l’on peut passer de la pensée créatrice à sa caricature technologique puisque à une question correspond un prompt et donc une réponse. Puis à une autre question, un autre prompt et une autre réponse. Plus besoin de chercher. Plus besoin de comparer. Plus besoin de douter. Plus besoin de lire les sources. Plus besoin de comprendre le raisonnement. Il suffit de demander.
Et si la réponse est fausse, alors on recommence. Si elle est encore fausse, on reformule… comme si changer la question pouvait miraculeusement transformer une machine en oracle. Mais un algorithme n’est ni omniscient ni neutre : il ne sait que ce que ses données lui permettent de produire, dans les limites des corpus auxquels il a accès, des choix opérés lors de sa conception et des orientations qui ont présidé à leur sélection. Or aucune base de données n’est exhaustive, aucun corpus ne contient toute la complexité du réel, aucune sélection de sources n’est dépourvue d’angles morts. L’algorithme ne contemple donc jamais le monde dans son intégralité : il en restitue une représentation filtrée, incomplète, structurée par des choix humains — et peut transformer cette partialité en une réponse qui, parce qu’elle est formulée avec aplomb, prend dangereusement les apparences de la vérité.
Le véritable danger commence lorsque cette limite fondamentale disparaît de la conscience de celui qui l’utilise. À force de déléguer la recherche, le tri, la synthèse et jusqu’au jugement à une technologie présentée comme «intelligente», le paresseux intellectuel finit par confondre réponse et vérité, vitesse et pertinence, abondance d’informations et connaissance. Il ne vérifie plus, ne confronte plus, ne doute plus : il reformule jusqu’à obtenir la réponse qui lui convient et baptise ce résultat «intelligence». À ce stade, l’algorithme n’est même plus nécessairement trompeur par intention ; c’est l’humain qui, par paresse et fascination technologique, transforme mécaniquement ses limites en certitudes — et s’installe confortablement derrière une technologie du néant pour éviter l’effort élémentaire de penser.
Or, une société qui délègue progressivement sa capacité d’analyse à des systèmes qui ne comprennent pas ce qu’ils énoncent risque de perdre quelque chose de beaucoup plus précieux que quelques emplois de cols blancs. Elle perd son rapport même à la vérité. Et les cabinets de conseil offrent ici un laboratoire presque parfait.
Ces organisations ont bâti une partie considérable de leur pouvoir sur une promesse fausse de transformer la complexité en expertise, l’information en décision, l’incertitude en recommandations. Or voilà que les machines censées accélérer cette production peuvent inventer les sources sur lesquelles reposent ces recommandations.
Ainsi, PwC affirme disposer de processus de contrôle qualité et dit prendre au sérieux l’exactitude de ses publications. Mais le problème est précisément là. Car si le contrôle humain demeure indispensable, alors l’IA n’a pas supprimé le travail intellectuel ; elle a seulement déplacé le risque vers ceux qui ne vérifieront pas. Et cette contradiction devrait nous obséder. Mais ce qui devrait véritablement nous alarmer, c’est que les acteurs au cœur de cette mécanique ne sont pas de obscures officines sans influence, mais les architectes reconnus de la décision économique et politique mondiale dont on a vu les dérives lors de l’opération COVID par exemple. Ainsi, McKinsey, Bain et BCG, le fameux trio MBB qui règne sur le conseil en stratégie, et les Big Four — PwC, Deloitte, EY et KPMG — qui irriguent simultanément l’audit, la finance, la fiscalité, la transformation des organisations et désormais l’intelligence artificielle.
Ces cabinets ne se contentent pas de conseiller les multinationales et les gouvernements puisqu’ils participent activement à définir les diagnostics, à fabriquer les indicateurs, à formuler les scénarios et à imposer le vocabulaire dans lequel les décisions devront ensuite être pensées. Or, lorsqu’une poignée de cabinets privés devient capable de produire les « preuves », les classements, les projections et les recommandations servant ensuite à légitimer des politiques publiques ou des restructurations massives, nous ne sommes plus seulement dans le conseil mais nous sommes face à une véritable industrie de la légitimation du mensonge.
Et si ces mêmes machines commencent à produire à leur tour des rapports truffés de références inexistantes, comme l’illustre l’affaire PwC, le risque devient alors vertigineux puisque la technologie peut donner à des récits intéressés l’apparence froide et incontestable de la donnée. Le mensonge institutionnel n’a alors même plus besoin d’être imposé dés lors qu’il peut être maquillé en expertise, certifié par des graphiques, légitimé par des cabinets prestigieux et finalement présenté au citoyen comme une conclusion rationnelle à laquelle il ne resterait plus qu’à consentir.
On nous vend l’IA comme un outil qui libère l’être humain de ses tâches intellectuelles. Mais une société qui cesse de pratiquer une activité vérifiée finit par perdre la capacité de l’accomplir. On ne conserve pas une faculté en la sous-traitant systématiquement. On ne conserve pas l’esprit critique en demandant à une machine de résumer les arguments contradictoires. On ne conserve pas la capacité de recherche en acceptant une bibliographie générée automatiquement. Comme on ne conserve pas le jugement en transformant chaque décision en recommandation algorithmique. En revanche, on fabrique une dépendance.
Et cette dépendance a une conséquence politique terrifiante car celui qui contrôle les systèmes qui produisent les récits, les catégories, les synthèses et les «vérités», dispose potentiellement d’un pouvoir immense sur ce que les autres considèrent comme pensable.
Il ne s’agit même plus nécessairement de censurer. Il suffit de saturer. Saturer l’espace public de textes plausibles, de statistiques invérifiables, d’analyses automatiques, de raisonnements prêts à l’emploi. Produire tellement de contenu qu’il devient impossible pour l’individu ordinaire de tout contrôler. Et les grands mensonges du XXIᵉ siècle n’ont donc plus besoin d’être convaincant puisqu’il leurs suffit d’être abondants. Et c’est ici que l’argument devient beaucoup plus inquiétant que la simple question des «hallucinations» de l’IA.
Imaginez demain un rapport administratif justifiant une politique brutale. (c’est ce qu’a fait le WEF depuis des années) Une analyse économique démontrant prétendument qu’une population représente un «coût»( c’est ce qu’a fait l’OMS avec le mensonge du COVID). Une étude de sécurité identifiant une catégorie de citoyens comme « facteur de risque » ou une réglementation numérique qu’une restriction supplémentaire est indispensable à la protection collective. (C’est ce que fait l’UE avec son DSA). Un rapport militaire évaluant froidement des dommages humains et réduire des vies humaines à des variables, des «dommages collatéraux» et des probabilités acceptables. (C’est ce que fait Israël et le Mossad pour garder l’armée américaine a ses cotés depuis sa création artificielle). Ou encore une note de cabinet expliquant que telle mesure d’exception est «rationnelle», «nécessaire» ou «optimale», puis viendrait le cabinet de conseil, avec ses consultants en costume, ses tableaux multicolores et son vocabulaire aseptisé, comme ils le font pour les médiocre gouvernants de l’occident, tous issus des Young leaders…
Alors sachez que c’est précisément ainsi que fonctionne la mécanique la plus dangereuse du pouvoir moderne puisqu’on ne demande plus au citoyen d’adhérer à une idéologie, on lui demande de se soumettre à une expertise. La décision politique disparaît derrière le chiffre, la responsabilité derrière l’algorithme, le choix moral derrière la recommandation technique. Et demain, avec l’IA, cette machine de légitimation pourra produire en quelques secondes les rapports, projections et argumentaires nécessaires pour donner à n’importe quelle décision l’apparence de la nécessité objective.
Le véritable cauchemar n’est donc pas une IA qui déciderait à notre place mais c’est une classe dirigeante qui pourrait se servir de l’IA pour transformer ses décisions en vérités prétendument neutres — puis nous expliquer que puisque «les données» l’ont démontré, il ne nous reste plus qu’à obéir. Et c’est exactement ce que nous avons actuellement en place. Il suffit d’observer l’uniformité des discours concernant le pays le plus corrompu au monde qu’est l’Ukraine, la propagande immonde contre la Russie et surtout l’ignoble soutien aux assassins d’enfants palestiniens, iraniens ou libanais par les fanatiques Talmudo-sionistes adorateurs de Baal ayant corrompus toutes nos nations, à l’image du dossier Epstein.
Mais, si dès le départ les sources sont fausses, mais que personne ne les vérifie, l’IA n’aura pas simplement produit une erreur. Elle aura fourni une apparence de rationalité à une décision humaine. Et c’est cela, le véritable danger de l’IA et de son utilisation outrancière. Non pas que la machine devienne monstrueuse, mais que l’être humain puisse s’en servir pour se déresponsabiliser de la monstruosité de ses propres décisions.
La guerre en offre déjà une illustration glaçante lorsque Palantir a conclu, début 2024, un partenariat stratégique avec le ministère israélien de la Défense pour des missions liées à la guerre, tandis que des sources ont fait état de liens entre ses technologies et les systèmes israéliens d’identification et de suivi des cibles — ce que Palantir conteste évidemment pour ce qui concerne le développement de systèmes de ciblage automatisé. Israël a par ailleurs créé une administration consacrée à l’IA et aux systèmes autonomes au sein de son ministère de la Défense, tandis qu’Elbit Systems revendique l’intégration de technologies avancées, notamment de l’IA, dans ses plateformes militaires et a constaté depuis le début de la guerre une forte hausse de la demande du ministère israélien de la Défense ; ses revenus ont atteint près de 7,94 milliards de dollars en 2025.
Israel Aerospace Industries, de son côté, développe également des technologies d’autonomie fondées sur l’IA, notamment dans l’aéronautique. Le problème n’est donc pas seulement que l’IA puisse accélérer la guerre mais qu’elle permet surtout de transformer la décision de tuer en processus technique, la victime en donnée, la cible en probabilité et la responsabilité en ligne de code. Et plus la chaîne de décision est automatisée, plus ceux qui déclenchent ou autorisent la violence peuvent prétendre n’avoir fait que « suivre le système », comme si un algorithme pouvait porter la responsabilité morale d’un être humain.
La technologie devient alors le paravent idéal de la lâcheté puisqu’on ne décide plus, on optimise ; on ne tue plus, on traite des données ; on ne commet plus d’erreurs, on génère des «dommages collatéraux». Et pendant que l’humain se réfugie derrière la machine, les industriels de la mort, eux, transforment cette nouvelle manière de faire la guerre en marché colossal. Et quelles formules plus commodes pour éviter d’assumer une décision que de dire: «Ce n’est pas moi qui l’ai conclu, c’est l’IA.», «C’est ce que dit le modèle.», «Les données indiquent clairement que…» Ou plus directement «L’algorithme recommande de…»
L’histoire regorge déjà de systèmes bureaucratiques capables de transformer l’inhumain en procédure, la violence en catégorie administrative et l’horreur en tableau Excel. L’IA ne crée pas cette tentation. Elle permet simplement de lui donner une vitesse, une échelle et une apparence scientifique inédites.
C’est pourquoi la question fondamentale n’est pas : «L’IA est-elle intelligente ?» mais «qui pense encore lorsque la machine répond ?» Car une machine qui invente une référence est dangereuse, mais un humain qui cesse de vérifier cette référence est plus dangereux encore. Une machine qui produit du faux est un problème technique mais une civilisation qui accepte le faux parce qu’il est produit par une machine est un problème politique. Et une société qui finit par considérer l’effort intellectuel lui-même comme une perte de temps est en train de commettre une forme de suicide intellectuel.
L’ironie est que nous avons baptisé ces technologies «intelligence artificielle» alors qu’elles peuvent précisément devenir un moyen de désapprendre l’intelligence naturelle. Nous avons créé des machines capables de générer des millions de mots et nous risquons de produire des générations qui ne sauront plus distinguer une argumentation d’un assemblage de phrases. Nous avons automatisé la réponse au moment même où nous aurions besoin de réhabiliter la question. Et nous appelons cela le progrès.
Non ! Le progrès n’est pas de pouvoir obtenir une réponse sans réfléchir. Le progrès serait de disposer d’outils qui nous rendent plus difficiles à tromper. Or une IA utilisée sans vérification peut faire exactement l’inverse. Elle peut transformer l’ignorance en certitude. Le doute en réponse automatique. La propagande en rapport d’expertise. L’invention en donnée. Et, demain, peut-être, la justification de l’injustifiable en «analyse objective».
Voilà pourquoi l’affaire PwC ne devrait pas être traitée comme une anecdote grotesque sur quelques citations mal vérifiées. Elle devrait être considérée comme un avertissement. Parce que le véritable scandale n’est pas qu’une machine puisse mentir, mais que nous lui abandonnions le droit de définir ce qui est vrai !
Et lorsque cela arrivera, ne cherchez pas le coupable dans la machine. Elle n’aura ni conscience, ni morale, ni intention parce qu’elle aura simplement exécuté la consigne, recomposé les données disponibles et produit la réponse qu’on lui demandait. Le véritable responsable sera l’humain qui aura accepté de déléguer son jugement, celui qui aura préféré la réponse instantanée à la recherche, le résumé à la lecture, la plausibilité à la preuve, l’algorithme à sa propre intelligence. Car le jour où nous ne vérifierons plus — et ce jour n’est plus une hypothèse lointaine — où nous ne confronterons plus les sources, où nous ne chercherons plus les contradictions, où nous ne supporterons plus l’inconfort du doute, l’IA n’aura même plus besoin de nous empêcher de penser puisque nous aurons déjà volontairement renoncé à penser. Et c’est là que se jouera le basculement le plus terrifiant de notre temps.
Une population qui ne vérifie plus est une population que l’on peut informer à volonté ; une population qui ne confronte plus les sources est une population que l’on peut orienter ; une population qui ne doute plus est une population que l’on peut gouverner par le récit. Il suffira alors de fournir la bonne réponse, avec le bon vocabulaire, les bons graphiques, les bonnes références — réelles ou non — et suffisamment d’assurance pour que le faux acquière les apparences du vrai. Nous ne serons plus face à une intelligence artificielle, mais face à quelque chose de beaucoup plus dangereux que l’on peut définir comme étant une paresse humaine artificiellement amplifiée par la technologie.
Et lorsque chacun demandera à une machine ce qu’il doit croire, comprendre, penser ou décider, il sera alors bien trop tard pour prétendre que notre liberté nous aura été arrachée car nous l’aurons échangée, volontairement, contre le confort illusoire de ne plus avoir à exercer notre propre jugement.
Mais le prix de cet échange pourrait être infiniment plus lourd que la simple perte de notre esprit critique car c’est une part fondamentale de notre humanité que nous risquons d’abandonner. Penser, douter, chercher, confronter, se tromper, corriger son jugement, assumer une décision et en porter la responsabilité ne sont pas de pénibles archaïsmes dont la technologie devrait nous délivrer, ce sont précisément les exercices qui font de nous des êtres humains.
À force de vouloir supprimer toute friction, tout effort, toute incertitude et toute difficulté au nom d’un confort technologique devenu obsessionnel, nous risquons de fabriquer une humanité incapable de supporter le doute, incapable de décider sans assistance, incapable même de distinguer ce qu’elle sait de ce qu’on lui affirme.
Le danger ultime n’est donc pas que l’IA pense à notre place mais qu’elle nous habitue tellement à ne plus penser que l’acte même de penser finisse par nous paraître inutile. Et une humanité qui abandonne progressivement son jugement, sa curiosité, sa responsabilité et sa capacité à douter ne gagne pas en intelligence mais s’ampute elle-même de ce qui la rend simplement humaine...
Phil BROQ.
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