LE CREPUSCULE D'UN REGIME, LE NAUFRAGE D'UN PRESIDENT.
Répression de la jeunesse, confiscation démocratique et déroute géopolitique... Désormais Macron est le symbole d'une République à bout de souffle, d'une haute-trahison assumée et d'une Union Européenne articielle, sacrifiée sur l'autel des intérêts atlantistes. Prise en tenaille entre la répression méthodique de sa propre jeunesse et le séisme d'un rebasculement géopolitique mondial qui la marginalise, la France sous Macron voit le mythe républicain se fissurer sous les coups conjugués de son cynisme intérieur, de sa dérive autoritaire et d'une déroute stratégique historique à l'extérieur.
Ce qui se joue aujourd'hui en France dépasse de très loin une simple crise gouvernementale ou une énième poussée de contestation sociale. C'est une crise de légitimité démocratique, une crise de souveraineté nationale et, plus profondément encore, une faillite de la conception même du pouvoir républicain. Derrière les grandiloquentes proclamations présidentielles sur la modernisation, l'ordre républicain et le rayonnement international se dévoile une réalité autrement plus sordide d'un pouvoir qui a progressivement érigé le mépris du consentement populaire en méthode de gouvernement, substitué la coercition au dialogue, la brutalité institutionnelle à la concertation et l'alignement géopolitique à la défense des intérêts fondamentaux non plus de la nation, mais des amis de Macron. La démocratie semble désormais tolérée à condition qu'elle ne contrarie pas les décisions de l'exécutif. Le peuple est souverain dans les discours, mais prié de se taire dans les faits.
Depuis son accession à l'Élysée, Macron incarne, à mes yeux et aux yeux de nombreux opposants, l'aboutissement d'une recomposition politique et médiatique entièrement tournée vers la préservation des intérêts des grandes puissances financières et des oligarchies occidentales. Son accession au pouvoir, que je considère comme le produit d'un véritable coup d'État électoral et médiatique, a consacré une conception profondément autoritaire, verticale et confiscatoire de l'exercice du pouvoir.
Une conception dans laquelle les grandes orientations économiques, sociales et diplomatiques sont élaborées au sommet, sous l'influence des intérêts dominants, puis imposées à la population sans véritable possibilité de contestation démocratique. Le suffrage universel devient alors un blanc-seing, la représentation nationale une chambre d'enregistrement et la souveraineté populaire une formule rhétorique que l'on brandit dans les discours officiels tout en s'employant à en vider la substance.
Le citoyen est convoqué aux urnes pour légitimer le système, mais soigneusement tenu à l'écart lorsqu'il s'agit d'en contester les orientations. Voilà le paradoxe fondamental de cette présidence avec un pouvoir qui ne cesse de se réclamer de la démocratie, mais semble considérer la volonté populaire comme une gêne, à supprimer coûte que coûte, dès lors qu'elle cesse de lui être favorable.
Cet état qui traite sa jeunesse en ennemi intérieur
Depuis plusieurs années, les institutions républicaines françaises donnent à voir un appareil d'État toujours plus imperméable aux revendications populaires, mais singulièrement prompt à dégainer l'arsenal répressif dès lors que la contestation s'organise et gagne en ampleur. Plutôt que d'entendre, de dialoguer et de chercher les voies du compromis, le pouvoir semble avoir fait de la force son principal langage politique. La gestion des mouvements sociaux s'est ainsi progressivement inscrite dans une logique de confrontation avec la militarisation excessive du maintien de l'ordre, la banalisation du recours aux armes et la répression croissante des mobilisations. Comme si, faute de réponses politiques à apporter, l'État avait fini par confondre autorité et intimidation, maintien de l'ordre et mise au pas, exercice du pouvoir et démonstration de force.
Mai 1968 avait pourtant administré au pouvoir une leçon politique majeure, démontrant qu’aucune architecture institutionnelle, aussi solidement enracinée soit-elle, ne peut indéfiniment faire taire les aspirations d'une génération entière. La contestation étudiante avait alors fait voler en éclats les certitudes technocratiques et mis à nu l'incapacité d'un pouvoir à comprendre les mutations profondes de la société qu'il prétendait gouverner. Près de six décennies plus tard, cette leçon semble non seulement oubliée, mais méthodiquement piétinée.
Le mouvement des Gilets jaunes, dès 2018, a constitué une nouvelle démonstration de cette fracture grandissante entre gouvernants et gouvernés. Les mutilations infligées à de nombreux manifestants, les yeux arrachés, les mains déchiquetées, ont laissé des séquelles irréversibles et profondément marqué la mémoire collective. En 2023, les violentes mobilisations policières contre la réforme des retraites ont ravivé cette mémoire douloureuse. Les controverses autour de l'utilisation des LBD, des grenades et des techniques d'encerclement se sont multipliées, tandis que l'arsenal du maintien de l'ordre bénéficie d'une financiarisation autrement plus soutenue que les revendications de ceux qui descendaient dans la rue.
La militarisation croissante des forces de l'ordre, désormais déployées comme un véritable rempart autour d'un pouvoir politique contesté, constitue l'un des symptômes les plus alarmants de la dérive autoritaire du régime. À mesure que les blindés, les armes et les dispositifs de surveillance se multiplient, la protection des citoyens semble céder la place à la protection des dirigeants contre leur propre peuple. La police, censée être au service de la population et garante de ses libertés, est ainsi instrumentalisée comme le bras armé d'un exécutif sourd à la colère populaire, transformant l'autorité républicaine en instrument de soumission.
La France s'est ainsi retrouvée régulièrement interpellée sur la scène internationale au sujet de ses pratiques de maintien tyranniques de l'ordre. Les observations du Défenseur des droits, les interventions des mécanismes des Nations unies et les recommandations du Conseil de l'Europe ont contribué à mettre en lumière les risques que ces pratiques policières font peser sur les libertés fondamentales. Ces alertes ne relèvent ni d'une querelle idéologique ni d'un procès d'intention mais interrogent directement la compatibilité de certaines méthodes avec les exigences d'un État de droit.
Il faut donc cesser de dissimuler cette réalité derrière le vocabulaire aseptisé de la doctrine du maintien de l'ordre. La violence d'État n'est ni une abstraction juridique ni un dommage collatéral que quelques éléments de langage suffiraient à faire oublier. Elle a des visages, des corps mutilés, des existences amputées de leur avenir et des familles condamnées à porter, parfois leur vie entière, les conséquences de décisions opérationnelles. Derrière les statistiques, les rapports administratifs et les communiqués officiels, il y a des vies durablement fracassées. Et aucune invocation de l'autorité républicaine ne saurait effacer cette responsabilité.
Et voici que l'automne 2026 ajoute une nouvelle séquence particulièrement inquiétante à cette longue histoire de confrontations. Depuis la mi-septembre, les mobilisations lycéennes prennent de l'ampleur, témoignant d'une colère grandissante que certains médias semblent davantage préoccupés à discréditer qu'à comprendre. Fidèles à une mécanique médiatique désormais bien rodée, une partie du paysage audiovisuel préfère braquer ses caméras sur les Black Blocs et autres militants antifascistes financés par Soros, sur ces casseurs cagoulés dont les soupçons récurrents et quelques vidéos démontrent la présence de policiers en civil ou déguisés en casseurs parmi les éléments les plus violents des manifestations. Et bien entendu, sur les scènes de confrontation et les feux de poubelles, plutôt que de donner la parole aux lycéens et de rendre compte des revendications qui les poussent à descendre dans la rue. À grand renfort d'images spectaculaires, la contestation sociale est ainsi réduite à ses débordements supposés, ses revendications reléguées au second plan et ses participants assimilés à une menace pour l'ordre public.
Il convient aussi de dénoncer sans ambiguïté les hordes de vandales qui se sont abattues sur les commerces, les infrastructures publiques et privées, ainsi que sur de nombreux manifestants et policiers. Ces individus ne sauraient être assimilés aux lycéens. Leur comportement relève non de leur origine, de leur religion ou de leur condition sociale, mais d'une délinquance violente et délibérée. Ces pilleurs qui profitent des dispositifs de solidarité publique tout en saccageant les biens et en mettant des vies en danger, doivent répondre de leurs actes avec la plus grande fermeté, qu'ils soient mineurs ou majeurs. La minorité ne saurait constituer un bouclier contre la responsabilité pénale. Il est également indispensable de mettre fin au sentiment d'impunité nourri par des décisions judiciaires trop souvent laxistes ou déconnectées des attentes légitimes des citoyens. Cette magistrature, largement imprégnée d'une idéologie gauchiste qui tend à minimiser la responsabilité des délinquants, porte une part de responsabilité morale et institutionnelle dans les dégâts causés par ceux qu'elle relaxe à répétition, alimentant ainsi un sentiment d'impunité qui fragilise l'autorité de la loi et la confiance des citoyens dans la justice. La justice consiste à garantir des sanctions proportionnées, effectives et dissuasives, sans distinction d'âge, d'origine ou d'appartenance, afin de protéger les victimes, de restaurer l'autorité de la loi et de préserver la cohésion nationale.
Mais lorsque l'image du casseur finit par occulter celle du lycéen qui réclame des moyens pour étudier et un avenir digne, ce n'est plus simplement la couverture d'une manifestation qui est en jeu, mais la manière dont l'opinion publique est invitée à regarder — et à juger — la contestation. Pourtant, les revendications qui portent notamment sur les moyens éducatifs, les conditions d'apprentissage, les difficultés de remplacement des enseignants et la dégradation du service public d'éducation sont plus que légitimes. Or, il serait pourtant salutaire que les médias - dont c'est la mission- consacrent autant d'énergie à interroger les responsabilités politiques, les défaillances institutionnelles et les fractures sociales qu'ils en consacrent à commenter les affrontements. Informer ne consiste pas simplement à montrer ce qui brûle, mais également à expliquer pourquoi une société en arrive à ce degré de conflictualité. Une démocratie digne de ce nom a besoin de médias capables de questionner le pouvoir, et non de se contenter de commenter les conséquences de ses décisions.
Le 9 octobre, le bilan communiqué par les autorités fait état de plus de 6 800 gardes à vue depuis le début du mouvement, dont 86 % concernant des mineurs. Plus de 200 lycéens blessés sont alors recensés contre seulement 24 enquêtes ouvertes par l'IGPN., Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme exprime également ses inquiétudes et rappelle l'exigence de proportionnalité dans l'emploi de la force. Mais le 31 octobre, le ministère de l'Intérieur déploie de nouveau 70 000 policiers et gendarmes sur le territoire, avec des moyens matériels et des unités spécialisées considérables. Et des nombreuses restrictions sont imposées à certains rassemblements, notamment en soirée. Il est certain que distinguer les manifestations pacifiques des violences commises par certains individus est indispensable. Mais cette distinction ne saurait devenir un prétexte à la criminalisation générale de la contestation sociale.
La jeunesse française finira par faire entendre sa voix et exiger ce qui ne devrait jamais avoir à se mendier comme la dignité, l'égalité des chances et le droit à un avenir. Car aucune débauche de force, aucune pluie de grenades, aucune démonstration d'autorité ne saurait tenir lieu indéfiniment de politique. Réclamer des enseignants, des moyens pour l'éducation, des perspectives professionnelles et le respect de sa dignité n'est ni une provocation, ni une menace pour la République. C'est, au contraire, exiger qu'elle soit fidèle à ses propres principes et justifier son racket permanent.
Car le véritable scandale est là ! Dans cette République qui a fait de la France le pays le plus taxé d’Europe, tout en proclamant à grand renfort de discours son attachement à la liberté, à l'égalité et à la fraternité, mais qui semble n'avoir, face aux aspirations de sa propre jeunesse, que la force publique à opposer. Quand les revendications d'avenir se heurtent aux grenades, quand les demandes de considération reçoivent pour toute réponse des matraques, ce n'est pas la jeunesse qui trahit les promesses républicaines mais le pouvoir en place qui les vide de leur substance.
Admiration pour les jeunesses étrangères mais répression pour la jeunesse française
L'une des contradictions les plus révélatrices de la présidence Macron réside dans son rapport à la contestation populaire. En octobre 2022, lorsque les manifestations iraniennes secouent le régime de Téhéran après la mort de Mahsa Amini, Macron exprime publiquement son admiration pour les femmes et les jeunes qui se battent pour leurs libertés. Le 12 octobre, sur France 2, il affirme même que la France se tient aux côtés des manifestants iraniens et salue leur courage. Cette déclaration est parfaitement explicite et la contestation d'un pouvoir politique étranger, pourtant démocratiquement élu, est alors présentée comme l'expression admirable d'une aspiration universelle à la liberté.
Mais dès lors que la contestation émane de la jeunesse française, le ton présidentiel change du tout au tout. Exit l'emphase sur la mobilisation citoyenne et la légitimité de la colère. Place à l'ordre public, à la condamnation des violences et au rappel à l'autorité de l'État. La contestation n'est plus saluée comme une expression démocratique, mais sommée de rentrer dans le rang, de se conformer aux limites que la caste de l'exécutif lui assigne. Cette contradiction n'a rien d'anecdotique et révèle une conception singulièrement sélective de la légitimité populaire, selon que la colère sert le discours présidentiel ou qu'elle vient le défier. Et cette duplicité mérite non seulement d'être dénoncée sans détour, mais surtout condamnée.
La présidence ne peut pas revendiquer simultanément le droit des peuples à contester leurs dirigeants à l'étranger et considérer la contestation nationale comme une menace à neutraliser. Alors, pourquoi la bravoure célébrée à Téhéran devient-elle suspecte lorsqu'elle s'exprime à Paris ? Pourquoi les aspirations démocratiques d'une jeunesse étrangère peuvent-elles être exaltées tandis que les revendications de lycéens français sont si facilement ramenées à une question de sécurité intérieure ? Il ne s'agit évidemment pas de prétendre que toutes les situations politiques sont identiques. Il s'agit de rappeler qu'une valeur proclamée universelle ne saurait devenir facultative dès lors qu'elle contrarie le pouvoir qui la revendique. La liberté de manifester n'est pas une faveur diplomatique que l'Élysée distribuerait à sa convenance.
Un pouvoir qui confond autorité et soumission
Le problème fondamental du macronisme réside dans cette conception verticale et autoritaire de l'exercice du pouvoir, où la volonté présidentielle semble devoir primer sur toute forme de contradiction populaire. Dans cette logique, contester les orientations de l'exécutif devient presque une offense à son autorité, et manifester son désaccord un obstacle à la bonne marche du programme présidentiel. Le dialogue démocratique cède alors la place à l'injonction, la concertation à l'imposition et le consentement à l'obéissance.
Mais la République n'est pas la propriété privée de son président. L'Élysée n'est pas un royaume et le suffrage universel ne confère aucun droit de propriété sur la volonté nationale. L'autorité publique n'est pas un privilège personnel, encore moins un permis de gouverner sans rendre de comptes. Elle impose, au contraire, une responsabilité supérieure pour garantir les libertés, protéger le pluralisme et respecter le droit des citoyens à contester ceux qui les gouvernent.
La force publique a pour vocation de protéger les citoyens, y compris lorsqu'ils s'opposent aux décisions de l'exécutif. Elle ne saurait devenir le bras armé de la survie politique d'un pouvoir contesté, ni servir à compenser par la coercition ce qu'il ne parvient plus à obtenir par le dialogue. Confondre l'obéissance avec le consentement démocratique et le silence avec l'adhésion populaire constitue une dérive particulièrement dangereuse.
Cette rupture éthique et politique achève de miner le lien de confiance entre les institutions et les citoyens. Un pouvoir qui réprime sa jeunesse, méprise les revendications populaires et substitue systématiquement la contrainte au dialogue ne restaure pas son autorité, il organise lui-même son discrédit. À force de vouloir faire taire ceux qui contestent sa politique, il finit par ne plus entendre le pays qu'il prétend gouverner. Mais l'Histoire jugera sévèrement les dirigeants qui, confrontés à la défiance de leur peuple, auront préféré préserver leur posture et leur pouvoir plutôt que restaurer la confiance nationale.
Du suffrage universel au gouvernement sans consentement
La crise démocratique française ne se résume pas à la brutalité du maintien de l'ordre ou au mépris affiché envers les mouvements sociaux. Elle trouve également sa traduction dans le fonctionnement même des institutions, progressivement transformées en instruments de passage en force au service de l'exécutif. Le recours répété aux mécanismes constitutionnels permettant de contourner ou de réduire la portée du débat parlementaire, notamment l'article 49.3, a profondément contribué à dégrader la confiance dans la représentation nationale. La réforme des retraites de 2023 en a constitué une illustration particulièrement emblématique : une réforme rejetée par une large partie de la population et contestée jusque dans l'hémicycle a finalement été imposée au terme d'un processus qui a laissé une profonde fracture démocratique.
Le problème n'est évidemment pas que le gouvernement dispose de prérogatives constitutionnelles. Le problème est l'usage politique qui en est fait lorsque ces prérogatives deviennent un moyen récurrent de neutraliser la contradiction et de réduire le Parlement à une fonction d'enregistrement. À quoi sert la souveraineté populaire si les grandes orientations politiques peuvent être imposées malgré une opposition massive, sans véritable recherche de compromis ? Or, lorsque le pouvoir ne reconnaît plus d'autre légitimité que la sienne, il ne renforce pas les institutions, il les fragilise en les privant progressivement de leur fonction première de représenter la nation dans toute sa diversité.
Une république qui exige l'effort mais abandonne ses propres services publics
Cette crise de souveraineté et de légitimité trouve également son expression la plus tangible dans l'état des services publics. Car derrière les grandes déclarations sur la modernisation du pays, la compétitivité économique et le rayonnement international se trouve une réalité quotidienne que des millions de Français connaissent intimement : difficultés d'accès aux soins, établissements scolaires confrontés à des tensions de fonctionnement, manque de personnel, services de proximité fragilisés et territoires qui ont progressivement le sentiment d'être abandonnés par la puissance publique.
L'école, l'hôpital, la justice et les services publics territoriaux ne sont pourtant pas des dépenses accessoires dont on pourrait se débarrasser au gré des arbitrages budgétaires. Ils constituent le socle matériel de l'égalité républicaine. Ils sont la traduction concrète de la promesse faite à chaque citoyen de pouvoir accéder aux mêmes droits, indépendamment de son origine sociale, de ses ressources ou de son lieu de résidence.
Il existe dès lors une contradiction profondément choquante entre un pouvoir qui exige toujours davantage d'efforts de la population et les difficultés persistantes rencontrées par les institutions chargées de garantir ses droits fondamentaux. On demande aux familles de supporter les contraintes économiques, aux enseignants de compenser les insuffisances structurelles, aux soignants de tenir malgré les tensions et aux collectivités de faire toujours plus avec des ressources contraintes. Mais lorsque vient le moment de répondre aux besoins concrets de la population, les promesses de transformation semblent trop souvent se perdre dans les arbitrages administratifs et les discours de circonstance.
Le scandale est aussi générationnel. Quelle perspective une société offre-t-elle à sa jeunesse lorsqu'elle lui demande de croire en l'avenir tout en laissant se dégrader les conditions mêmes de sa formation, de son insertion professionnelle et de son émancipation ? Comment exiger des lycéens qu'ils adhèrent aux valeurs républicaines si l'école ne dispose pas toujours des moyens nécessaires pour remplir pleinement sa mission ? Comment parler d'égalité des chances lorsque les conditions d'apprentissage et les perspectives offertes demeurent si profondément inégales ?
Une République ne se juge pas à la solennité de ses discours, mais à la réalité des droits qu'elle garantit. Et lorsque les services publics deviennent le lieu où se manifestent le plus concrètement les inégalités, c'est le contrat social lui-même qui se trouve fragilisé. Il ne suffit pas de demander aux citoyens de croire en la République : encore faut-il que la République leur donne des raisons concrètes d'y croire.
Une France déclassée, une Europe sous tutelle atlantiste
Mais la crise française ne s'arrête pas aux frontières. À l'effacement démocratique intérieur répond un déclassement géopolitique extérieur. Derrière les rodomontades présidentielles sur la grandeur de la France et la souveraineté européenne, le constat est accablant : Paris perd de son influence, abandonne des positions historiques et peine à faire entendre une voix indépendante dans les grands rapports de force internationaux.
En Afrique, les ruptures avec le Mali, le Burkina Faso et le Niger, puis le retrait militaire du Tchad, ont consacré le recul spectaculaire de l'influence française. Ce qui fut longtemps présenté comme une présence stratégique incontournable s'est effondré en quelques années. Plutôt que de reconnaître l'échec d'une politique africaine incapable de se réinventer, Paris semble avoir découvert, bien tardivement, que les peuples africains entendaient désormais décider eux-mêmes de leurs alliances et de leur avenir. La France ne peut éternellement réclamer le respect de sa souveraineté tout en refusant aux autres peuples le droit d'exercer pleinement la leur.
En Europe, le discours sur l'autonomie stratégique relève trop souvent de l'incantation. Derrière les déclarations solennelles d'Emmanuel Macron, le continent demeure largement dépendant des États-Unis pour sa sécurité, ses capacités militaires, son renseignement et une partie de ses approvisionnements stratégiques. L'Europe parle d'indépendance, mais continue de s'en remettre à Washington pour les instruments essentiels de sa défense. À force de confondre alliance atlantique et alignement stratégique, elle a fini par fragiliser sa propre capacité de décision. La France possède pourtant des instruments considérables avec une dissuasion nucléaire indépendante, une industrie de défense florissante, un siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU et malgré tous les efforts de destruction de Macron, encore une tradition diplomatique respectée.
La guerre en Ukraine a par ailleurs brutalement exposé cette dépendance. Et alors que les Européens en supportent directement les conséquences économiques, énergétiques et sécuritaires, leur capacité à peser sur les choix stratégiques et les conditions d'un règlement politique demeure très limitée. Le paradoxe est saisissant puisque cette Union Européenne revendique le statut de puissance géopolitique, mais peine à s'imposer comme un acteur pleinement autonome lorsqu'il s'agit de défendre ses propres intérêts.
Voilà encore une des contradictions les plus criantes du macronisme avec une autorité inflexible à l'intérieur, mais une autonomie singulièrement limitée à l'extérieur. Le pouvoir se montre intraitable avec sa propre population, mais semble beaucoup moins déterminé lorsqu'il s'agit de défendre une ligne française indépendante face aux grandes puissances. On ne peut pas prétendre restaurer la souveraineté nationale tout en acceptant que la France perde progressivement la maîtrise de son destin stratégique.
Le crépuscule du Macronisme
Au terme de ce réquisitoire, le constat est accablant et Macron laisse derrière lui un pays profondément fracturé, une démocratie fragilisée et une France dont l'influence internationale s'est considérablement érodée. Celui qui prétendait incarner le renouveau politique et restaurer la grandeur française aura surtout illustré les dérives d'un pouvoir vertical, arrogant et sourd à son propre peuple.
À l'intérieur, il aura opposé la force à la contestation, le mépris aux revendications et l'autorité à la volonté populaire. À l'extérieur, ses proclamations de souveraineté européenne se sont heurtées à une dépendance stratégique persistante et à un recul diplomatique difficile à dissimuler. Le prétendu maître des horloges aura fini par donner l'image d'un président courant derrière les événements, multipliant les postures là où l'on attendait une véritable vision politique.
Quant à ses opposants, et ils sont très nombreux, qui dénoncent depuis longtemps sa proximité avec les grandes fortunes et les intérêts financiers qui ont accompagné son ascension, ils voient dans cette présidence l'illustration d'une confiscation du pouvoir au profit d'une oligarchie économique et politique malsaine. Une présidence davantage attentive à ses puissants soutiens qu'aux aspirations populaires constitue désormais l'un des procès politiques les plus lourds qui lui soient adressés. Et il y a quelque chose de profondément ironique à voir celui qui prétendait réinventer la politique française devenir le symbole de son épuisement. À force de confondre autorité et autoritarisme, grandeur et communication, souveraineté et alignement, Emmanuel Macron aura contribué à creuser le fossé entre la République proclamée et celle que vivent quotidiennement les Français.
Mais la France n'appartient ni à Macron, ni à ses soutiens financiers, ni aux cercles de pouvoir qui gravitent autour de l'Élysée. Elle appartient à son peuple. Et aucun président, aussi convaincu de sa propre importance soit-il, ne peut durablement confisquer la souveraineté d'une nation. On peut imposer des décisions, disperser des manifestations et multiplier les démonstrations de force mais on ne peut pas contraindre un peuple à respecter un pouvoir qui a légitimement perdu sa confiance. Et c'est peut-être là, finalement, le véritable crépuscule du macronisme.
Phil BROQ.

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