LE TEMPS DES AVERTISSEMENTS EST REVOLU - 2 -

Dans notre précédent billet, nous avons évoqué la décomposition progressive de la France et les bouleversements qui affectent le monde contemporain :par l'effondrement des repères moraux, la fragilisation des nations, les tensions géopolitiques, les menaces de conflits généralisés et la recomposition des rapports de force économiques et idéologiques. Nous avons également rappelé certaines annonces prophétiques attribuées à Alois Irlmaier et à Marie-Julie Jahenny, dont les descriptions méritent, pour ceux qui leur accordent crédit, d'être examinées à la lumière des événements actuels. 

Mais il manque à cette lecture une dimension essentielle, peut-être même la plus importante avec la dimension spirituelle de l’humanité. Car les crises que nous traversons ne sont pas seulement politiques, économiques ou militaires. Elles sont aussi, et fondamentalement, des crises de la foi, de la conscience et du rapport de l'homme à Dieu. Le matérialisme contemporain, avec son culte de l'argent, du confort, de la puissance et de la satisfaction immédiate, a progressivement installé l'illusion que l'homme pourrait se suffire à lui-même. Il a fait de la matière une finalité, du progrès une religion de substitution et de l'autonomie individuelle un absolu. Or, il est une vérité que notre époque s'emploie à oublier, c'est que le matérialisme ne se combat pas par davantage de matérialisme, mais par une spiritualité élevée.

On ne peut prétendre comprendre, et encore moins déconstruire, ce que je désigne comme "le Nouvel Ordre Mondial" en se limitant à ses dimensions politiques, économiques et géostratégiques. Ce serait passer à côté de l'essentiel. En effet, dans cette lecture, il ne s'agit pas seulement d'un modèle de gouvernance, d'une architecture institutionnelle ou d'un système de domination des intérêts financiers, car c'est également un projet de transformation anthropologique et spirituelle, qui tend à reléguer le sacré, à évacuer toute transcendance et à substituer à l'ordre divin une organisation du monde fondée sur la seule volonté humaine. La véritable rupture n'est donc pas uniquement politique mais aussi métaphysique. Et c'est précisément pourquoi aucune opposition exclusivement matérielle, aucune réforme institutionnelle et aucune stratégie de reconquête économique ne sauraient suffire. 

On ne combat pas le matérialisme en lui opposant un matérialisme concurrent ; on ne restaure pas le sacré avec les seules armes de ceux qui l'ont abandonné. La réponse doit donc d'abord être spirituelle. Le retour à Dieu, à la prière, aux sacrements et à une vie intérieure exigeante, constitue le préalable indispensable à toute véritable restauration de notre humanité et "le retour à la prière est la condition première pour attirer les grâces divines". Avant de vouloir changer le monde, encore faut-il retrouver le chemin de celui dont l'homme moderne a cru pouvoir se passer. Comme on ne répond pas à l'effondrement intérieur de l'homme par de simples réformes institutionnelles, pas plus qu'on ne restaure une civilisation en se contentant de défendre ses intérêts financiers ou matériels. Il nous faut retrouver ce qui donne à l'existence son sens véritable comme la foi, la transcendance, la fidélité à Dieu et la primauté du salut des âmes.

Quand le monde perd ses repères spirituels

C'est dans cette perspective qu'il convient d'examiner la situation de l'Église catholique, et plus particulièrement les épreuves que traverse la Tradition. Car au moment même où le monde semble s'éloigner toujours davantage de ses fondements chrétiens, la liturgie traditionnelle, les communautés qui la perpétuent et les fidèles qui s'y attachent font l'objet de restrictions croissantes. Les décisions romaines prises depuis le motu proprio Traditionis Custodes ont ouvert une période de tensions profondes, dont les conséquences sur la transmission de la foi et le renouvellement du clergé ne sauraient être minimisées.

Cette situation soulève une question fondamentale pour savoir comment comprendre que, dans une époque où la déchristianisation progresse, une partie des forces institutionnelles de l'Église semble consacrer autant d'énergie à restreindre l'expression de sa propre Tradition liturgique ? Que devient la transmission lorsqu'on fragilise les communautés qui en sont les dépositaires ? Et quel avenir peut-on raisonnablement envisager lorsque les conditions mêmes du renouvellement sacerdotal deviennent toujours plus contraignantes ?

À cette crise s'ajoute celle du discernement prophétique. Les avertissements attribués à plusieurs visionnaires, les annonces de bouleversements majeurs et les interrogations relatives aux figures pontificales évoquées dans certaines traditions sont trop souvent écartés sans examen approfondi, ou rejetés au nom d'une prudence ou pire d'une laïcité, qui finit par ressembler à une forme de déni de notre être. Certes, aucune révélation privée ne saurait être placée sur le même plan que la révélation divine et le discernement demeure indispensable. Mais la prudence chrétienne ne commande pas l'aveuglement, pas plus que la fidélité à l'Église n'exige de renoncer à toute réflexion.

Il ne s'agit donc ni de cultiver la peur, ni de prétendre détenir le calendrier des catastrophes à venir. Il s'agit de regarder lucidement les événements, de distinguer les faits des interprétations et de ne pas écarter par principe les avertissements qui invitent à la conversion et à la vigilance. Car si le monde matériel devait connaître de nouveaux bouleversements, c'est avant tout sur le terrain spirituel que se jouerait l'essentiel. Les biens peuvent disparaître, les institutions s'effondrer, les nations vaciller, mais ce qui importe ultimement au chrétien demeure le salut de son âme et sa fidélité au Christ.

Le véritable enjeu n'est donc pas seulement de savoir ce qui va arriver au monde, mais de savoir dans quel état spirituel nous nous trouverons lorsque les épreuves surviendront. C'est à cette question, autrement plus fondamentale que les seules considérations politiques et matérielles, que nous allons maintenant nous attacher.

La persécution de la Tradition 

Il existe un autre front, moins spectaculaire que les conflits militaires, mais autrement plus fondamental pour l'avenir de notre civilisation : celui de la persécution liturgique et de l'affaiblissement progressif des communautés attachées à la Tradition catholique. Car il ne s'agit pas simplement de défendre une forme ancienne de célébration ou de préserver quelques habitudes cultuelles auxquelles certains fidèles seraient sentimentalement attachés. C'est tout un héritage spirituel, intellectuel, culturel et civilisationnel qui est en jeu. C'est précisément sur les fondements du christianisme que s'est édifiée une part essentielle de la grandeur européenne, à l'Est comme à l'Ouest.

Ses cathédrales, ses monastères, ses universités, son patrimoine artistique, sa conception de la personne humaine, ses institutions, sa philosophie et une grande partie de son héritage juridique et moral. Des abbayes bénédictines aux monastères orthodoxes, des cathédrales gothiques occidentales aux églises byzantines orientales, une même matrice chrétienne a profondément façonné l'histoire et l'identité de l'Europe. Vouloir rompre avec cette Tradition, l'affaiblir ou la reléguer au rang de vestige encombrant du passé, ce n'est donc pas seulement modifier la discipline liturgique, c'est surtout contribuer à couper les peuples européens d'une part essentielle de leurs racines. La liturgie traditionnelle n'est pas un folklore que l'on pourrait conserver par tolérance ou supprimer par décision administrative. 

Elle constitue un patrimoine vivant, porteur d'une conception du sacré, du rapport à Dieu et de la place de l'homme dans la Création. Et c'est précisément parce que cette transmission demeure vivante qu'elle mérite d'être défendue et préservée. Ici, il ne s'agit d'ailleurs pas d'une hypothèse prophétique ou d'une interprétation hasardeuse des événements. Il existe des textes, des décisions officielles, des dates précises et des conséquences concrètes. La question n'est donc plus seulement de savoir ce que certains annoncent pour demain, mais de regarder ce qui se produit effectivement aujourd'hui.

Le 16 juillet 2021, le pape François promulguait le motu proprio Traditionis Custodes. Ce texte entendait restreindre considérablement l'usage des livres liturgiques de 1962, en réaffirmant que les livres liturgiques issus de la réforme consécutive au concile Vatican II constituent l'expression ordinaire de la lex orandi du rite romain. La messe traditionnelle, qui avait traversé les siècles, se trouvait ainsi soumise à un régime de permissions et de restrictions renforcées. Les évêques perdaient une part importante de leur liberté d'action, tandis que les communautés attachées à l'ancien missel voyaient leur situation devenir plus précaire.

En décembre 2021, les précisions romaines concernant l'application du texte ont encore restreint les possibilités de célébrer les sacrements de confirmation et d'ordination selon les livres anciens. Puis, en février 2023, le rescrit du cardinal Arthur Roche a confirmé que certaines dispenses relevaient désormais exclusivement du Saint-Siège, réduisant davantage encore la marge de manœuvre des évêques. Il faut mesurer la portée d'une telle orientation.

Une communauté religieuse peut supporter des restrictions, des difficultés matérielles, des interdictions ponctuelles. Elle peut même survivre à une période de persécution ouverte. Mais elle ne peut indéfiniment subsister si l'on tarit les moyens de renouveler son clergé. Car la logique est que sans évêques, pas d'ordinations ; sans ordinations, pas de nouveaux prêtres ; sans prêtres, pas de transmission sacramentelle durable de la vie sacerdotale. Priver une communauté de ses possibilités de renouvellement, c'est compromettre son avenir sans avoir besoin de la supprimer officiellement. La méthode est d'autant plus redoutable qu'elle peut se présenter sous les apparences de la légalité administrative et de la discipline ecclésiastique. On ne ferme pas nécessairement les portes du jour au lendemain. On restreint les possibilités, on multiplie les autorisations, on décourage les vocations, on fragilise les structures. Puis, lorsque les communautés sont affaiblies, on peut invoquer leur précarité pour justifier de nouvelles restrictions.

C'est le mécanisme d'une extinction à bas bruit. On laisse une église se lézarder, se vider, perdre ses forces vives et se couvrir de ronces. Puis, un jour, on constate qu'elle menace ruine. On prétend alors qu'il n'y a plus rien à sauver. On n'a rien détruit, dira-t-on. L'édifice est simplement tombé de lui-même. Mais qui a retiré les pierres de ses fondations ?

Le scandale du déni 

Le plus préoccupant n'est pas seulement que les prophéties soient rejetées par une large partie de la société. C'est que leur examen soit parfois découragé jusque dans les milieux religieux qui devraient, au minimum, rappeler la nécessité de la vigilance spirituelle. Il ne s'agit évidemment pas d'exiger des fidèles qu'ils adhèrent aveuglément à chaque révélation privée, ni de confondre les prophéties non reconnues par l'Église avec le dépôt de la foi. L'Église a raison de rappeler que les révélations privées ne complètent pas la Révélation définitive du Christ et que le discernement est indispensable.

Mais le discernement n'est pas le mépris. La prudence n'est pas le silence systématique. Et l'obéissance ecclésiastique ne saurait être transformée en interdiction de réfléchir. Il y a une différence fondamentale entre rappeler qu'une prophétie n'est pas un article de foi et ordonner aux fidèles de ne même pas considérer les avertissements qu'elle contient. Le chrétien n'est pas appelé à vivre dans la peur, mais dans la vigilance. Il n'est pas appelé à spéculer sans fin sur les dates et les événements, mais à demeurer éveillé, à préserver sa foi et à se préparer spirituellement aux épreuves. Le Christ lui-même n'a jamais enseigné le confort de l'aveuglement. Il a enseigné la vigilance.

Or, notre époque semble avoir méthodiquement inversé cette exigence fondamentale. Elle préfère les discours rassurants aux vérités dérangeantes, les accommodements aux principes, la complaisance à la fermeté et le confort intellectuel à la lucidité. On ne cherche plus tant à comprendre les avertissements qu'à les faire taire ; on ne s'interroge plus sur la réalité des périls, mais sur la manière de discréditer ceux qui osent les évoquer. Le messager devient plus suspect que le danger qu'il signale, celui qui alerte est accusé de semer la peur, tandis que celui qui se rassure à bon compte passe pour raisonnable. Quelle singulière inversion des responsabilités ! Il est tellement plus commode de condamner celui qui sonne l'alarme que d'examiner ce qui justifie son avertissement ; tellement plus confortable de défendre la tranquillité des consciences que de les réveiller. Mais le déni n'a jamais constitué une protection, pas davantage que le silence n'a jamais fait disparaître un danger. Une vérité dérangeante ne cesse pas d'être vraie parce qu'elle trouble les habitudes, et un péril ne devient pas moins réel parce que l'on refuse de le regarder en face.

Le monde ancien et l'heure des choix

Les traditions prophétiques évoquent également une crise de l'autorité religieuse et une succession de figures pontificales auxquelles certains lecteurs associent les événements actuels. La question du dernier des papes annoncés dans certains récits, comme celle de l'accomplissement des prophéties pontificales de Saint Malchie, demeure cependant un domaine d'interprétation controversé. Il serait imprudent de transformer ces rapprochements en certitudes.

Cela ne retire rien à la gravité de la crise de confiance qui traverse aujourd'hui une partie du monde chrétien. Entre les controverses doctrinales, les tensions liturgiques, les divisions internes et les difficultés de transmission de la foi, le constat est déjà suffisamment préoccupant. À cela s'ajoute une crise générale de la civilisation. L'homme moderne a placé sa confiance dans le rationalisme, la technique, l'argent, le progrès matériel et la puissance de ses institutions. Il a cru pouvoir se passer de Dieu sans payer le prix de cette rupture. Il découvre progressivement que l'abondance ne garantit ni la paix, ni la stabilité, ni le bonheur, et que la puissance matérielle ne protège pas nécessairement contre la destruction.

Ce qui s'effondre n'est peut-être pas seulement un système politique ou économique. C'est une certaine conception de l'homme, de sa place dans le monde et de sa destinée. Et c'est pourquoi les événements contemporains doivent être considérés dans leur dimension spirituelle autant que politique. Car à quoi servirait de sauver ses biens si l'on perdait son âme ? À quoi servirait de préserver ses institutions si l'on avait abandonné les principes qui leur donnaient leur raison d'être ? À quoi servirait de gagner quelques années de confort matériel si l'on avait définitivement renoncé à la vérité ?

Cet effondrement, au demeurant, n'est pas réservé à ceux qui adhèrent à une lecture religieuse ou prophétique des événements. Croyant ou non, chacun peut en constater les manifestations dans son quotidien : dégradation des conditions de vie, perte des repères, fragilisation des solidarités, insécurité, incertitudes économiques, tensions sociales et défiance généralisée envers les institutions. Nul besoin d'être visionnaire pour constater que quelque chose se défait. La véritable question n'est donc plus de savoir si nous devons nous préparer, mais comment nous donner les moyens de traverser les épreuves, quelles qu'elles soient, avec le maximum de lucidité, de résistance et de dignité. Il nous appartient de mobiliser toutes les ressources dont nous disposons : matérielles, physiques, intellectuelles, morales et spirituelles. 

À cet égard, la foi constitue une force considérable, une véritable arme intérieure contre la peur, le découragement, la résignation et la désagrégation morale. Elle donne un sens à l'épreuve, fortifie la volonté et permet de conserver un cap lorsque tout semble vaciller. Pourquoi, d'ailleurs, tant de discours et de courants contemporains s'emploient-ils à reléguer la foi dans la sphère privée, à la marginaliser dans la vie collective et à décourager sa transmission, si elle était réellement aussi insignifiante qu'on voudrait nous le faire croire ? Il ne s'agit pas de prêter indistinctement à tous nos dirigeants une volonté concertée d'éradiquer la religion, mais de constater que la marginalisation de la foi est bien une réalité culturelle et institutionnelle. Or, se priver volontairement de cette ressource au moment même où les certitudes matérielles vacillent serait une faute supplémentaire. C'est pourquoi la préparation doit être envisagée dans toutes ses dimensions, sans opposer la nécessité de préserver son corps et ses biens à celle de fortifier son âme.

Se préparer matériellement et physiquement moralement et spirituellement

Comme je ne cesse de le rappeler désormais, le temps des avertissements est révolu : celui de la préparation a commencé. Et se préparer ne signifie ni céder à la panique, ni se perdre dans des prédictions hasardeuses, ni tenir le pire des scénarios pour une certitude. Cela signifie simplement retrouver le sens des responsabilités, regarder la réalité en face et cesser de vivre dans l'insouciance de ceux qui s'imaginent que rien ne peut jamais leur arriver. Car il y a, dans cette démarche, bien davantage qu'une simple stratégie de précaution, il y a une certaine conception de l'existence et de la dignité humaine. 

Être humain, c'est précisément ne pas se dérober lorsque l'adversité se présente ; c'est être fiable lorsque les autres vacillent, droit lorsque les circonstances invitent au renoncement, courageux lorsque la peur gagne les esprits et fidèle à ses engagements lorsque tout devient difficile. Ce n'est pas dans le confort, l'abondance ou la tranquillité que se révèle véritablement la valeur d'un homme, mais dans sa manière d'affronter l'épreuve, de protéger les siens, de tenir parole et de ne pas abandonner ses principes lorsque leur respect exige des sacrifices. Se préparer, c'est donc refuser la lâcheté de l'improvisation permanente et la facilité de la résignation. C'est prendre soin de soi pour pouvoir répondre présent, préserver les siens et demeurer utile aux autres. C'est, en définitive, assumer pleinement sa condition humaine plutôt que subir passivement les événements. Cette préparation repose sur quatre dimensions indissociables :

- La préparation matérielle, d'abord pour retrouver une certaine autonomie et cesser de dépendre aveuglément de systèmes dont nous mesurons chaque jour davantage la fragilité. Cela suppose de préserver ses ressources, de constituer des réserves raisonnables, de maîtriser ses dépenses, de limiter les dépendances inutiles et d'anticiper les difficultés économiques qui pourraient bouleverser notre quotidien. Cela implique également de renouer avec les solidarités concrètes, familiales, amicales et locales, car l'individualisme de confort montre rapidement ses limites lorsque les circonstances se dégradent. Il faut réapprendre à compter sur ses propres capacités, à développer des savoir-faire utiles, à organiser l'entraide et à ne pas considérer comme définitivement acquis l'accès permanent à l'énergie, à l'alimentation, aux transports ou aux services essentiels. Il ne s'agit ni de sombrer dans l'obsession du stockage ni de vivre dans la méfiance permanente, mais de faire preuve de prévoyance et de bon sens. L'autonomie n'est pas un luxe, c'est une liberté ; la prévoyance n'est pas de la peur, c'est une responsabilité. Celui qui refuse aujourd'hui de prendre quelques précautions élémentaires risque demain de découvrir, au pire moment, le prix de son insouciance. Être responsable, c'est précisément ne pas attendre que tout manque pour apprendre à se débrouiller, ni que tout s'effondre pour redécouvrir la valeur de l'entraide.

- La préparation physique, ensuite, pour entretenir son corps, développer son endurance, sa force et sa résistance à l'effort, veiller à son hygiène de vie et ne pas laisser le confort moderne atrophier progressivement ses capacités. Car il faut bien comprendre qu'un esprit combatif, une volonté ferme et un caractère solide ne peuvent durablement s'épanouir dans un organisme négligé, affaibli ou incapable de supporter les contraintes. Le corps n'est pas un simple véhicule que l'on pourrait malmener ou oublier : il est l'instrument même de notre action, de notre persévérance et de notre résistance face à l'adversité. Il faut donc réapprendre à le discipliner, à le renforcer et à repousser raisonnablement ses limites. Marcher longtemps, supporter la fatigue, maîtriser son effort, conserver sa lucidité dans l'inconfort et ne pas céder au premier signe d'épuisement sont autant de dispositions qui ne s'acquièrent pas miraculeusement lorsque les difficultés surviennent. Elles se construisent bien avant, par la régularité, l'entraînement et la discipline personnelle. 

Notre société de l'assistance permanente, de la facilité immédiate et du confort systématique a malheureusement fait oublier cette évidence : un corps qui n'est jamais sollicité finit par perdre les capacités dont il pourrait avoir besoin demain. Un mental solide se forge aussi dans un corps entretenu, éprouvé et discipliné. Il ne s'agit évidemment ni de rechercher la performance pour la performance, ni de céder à une quelconque obsession esthétique, mais de retrouver une condition physique qui permette de rester autonome, résistant et opérationnel lorsque les circonstances l'exigent. La préparation physique est donc bien davantage qu'une préoccupation sportive : c'est une discipline de prévoyance, de maîtrise de soi et de responsabilité personnelle. Là encore, il ne faut pas attendre l'épreuve pour découvrir que l'on aurait dû s'y préparer.

La préparation morale, également pour restaurer le courage, la discipline, le sens du devoir, la responsabilité personnelle, la fidélité à la parole donnée et, surtout, la capacité de résister à la pression collective. Il faut réapprendre à penser par soi-même, à ne pas céder systématiquement à l'opinion dominante, à défendre ses convictions sans agressivité mais sans faiblesse, et à rester fidèle à ses principes lorsque les circonstances rendent cette fidélité inconfortable. Car l'adversité ne met pas seulement à l'épreuve nos capacités physiques ou nos ressources matérielles mais révèle avant tout la solidité de notre caractère. C'est dans les moments difficiles que l'on découvre ceux qui tiennent parole, ceux qui assument leurs responsabilités et ceux qui, au premier obstacle, abandonnent leurs convictions pour se réfugier dans le conformisme ou la facilité. Il faut donc cultiver la maîtrise de soi, apprendre à supporter la frustration, accepter l'effort, tenir ses engagements et ne pas confondre prudence et lâcheté, ni tolérance et renoncement. 

Une société ne s'effondre pas uniquement lorsque ses institutions disparaissent ou que son économie vacille. Elle s'effondre aussi, et parfois bien avant, lorsque ses membres ont perdu toute capacité de résistance intérieure, lorsqu'ils ne savent plus distinguer le juste de l'injuste, le vrai du faux, le courage de la soumission. Un homme qui abandonne ses principes dès qu'ils lui coûtent quelque chose n'a pas de principes : il n'a que des préférences. La préparation morale consiste précisément à ne pas devenir cet homme. C'est se rendre capable de rester droit lorsque tout pousse à courber l'échine, fiable lorsque les autres se dérobent et digne lorsque les circonstances deviennent éprouvantes. Car être véritablement libre, ce n'est pas faire tout ce qui nous plaît lorsque tout va bien : c'est conserver la maîtrise de soi lorsque tout va mal.

- La préparation spirituelle, enfin, et surtout pour revenir à l'essentiel, c'est-à-dire à Dieu. Retrouver le chemin de la prière quotidienne, des sacrements, de la vie de foi, de la pénitence et de la fidélité doctrinale. Réapprendre à placer le spirituel au-dessus du matériel, le salut de l'âme au-dessus des préoccupations terrestres et la volonté divine au-dessus de nos ambitions personnelles. Car se préparer chrétiennement ne consiste pas à collectionner les prophéties, à spéculer indéfiniment sur les dates ou à rechercher fébrilement les signes annonciateurs de catastrophes. Cela consiste d'abord à mettre sa propre vie en ordre devant Dieu, à examiner sa conscience, à corriger ses égarements, à demander pardon et à retrouver une pratique religieuse authentique et exigeante. À quoi servirait de constituer des réserves alimentaires pour plusieurs mois si l'on négligeait de nourrir son âme ? À quoi servirait de fortifier son corps et son caractère si l'on abandonnait toute discipline spirituelle ? 

La préparation chrétienne ne peut se réduire à une stratégie de survie terrestre mais doit être orientée vers ce qui dépasse infiniment notre existence matérielle. Elle implique également de préserver et de transmettre la Tradition catholique, de soutenir les prêtres et les communautés qui en vivent, de défendre la liberté de célébrer et de recevoir les sacrements selon les livres liturgiques auxquels les fidèles sont attachés. Il ne s'agit pas de défendre un folklore religieux ou une nostalgie du passé, mais de maintenir vivant un héritage spirituel qui a nourri des générations de chrétiens et façonné une part essentielle de notre civilisation. Il faut donc transmettre, enseigner, pratiquer et protéger ce qui nous a été légué, plutôt que de consentir passivement à son effacement. 

Enfin, il faut comprendre que la foi n'est pas un simple réconfort psychologique que l'on convoquerait lorsque tout va mal car elle est un principe directeur, une force intérieure et une fidélité qui doivent guider toute notre existence, dans les périodes de prospérité comme dans celles d'épreuve. Lorsque les sécurités humaines vacillent, seule une foi véritablement enracinée permet de ne pas perdre l'essentiel. Et si les temps devaient devenir particulièrement difficiles, ce ne seraient ni nos biens, ni notre statut social, ni nos certitudes matérielles qui constitueraient notre principale force, mais notre fidélité à Dieu, notre confiance en sa Providence et notre capacité à demeurer fermes dans la foi, quelles que soient les circonstances.

Le déni n'est pas une stratégie de survie

L'état de la France, les tensions internationales, la fragilisation des équilibres économiques, la décomposition morale des sociétés et les épreuves que traverse la Tradition catholique ne constituent pas une succession de crises indépendantes. Ces phénomènes s'inscrivent dans un mouvement de déstabilisation beaucoup plus vaste, dont on ne peut véritablement mesurer la portée qu'en les considérant dans leur ensemble. À vouloir examiner chaque événement isolément, on finit par ne plus voir le tableau général ; à force de commenter les symptômes, on oublie de s'interroger sur la maladie. C'est précisément dans cette perspective qu'il convient désormais d'aborder les prophéties attribuées à Alois Irlmaier, à Marie-Julie Jahenny et à d'autres traditions visionnaires. Ni crédulité aveugle, ni rejet pavlovien : ces textes doivent être examinés avec méthode, discernement et honnêteté intellectuelle. Ils ne constituent pas des calendriers infaillibles, ne permettent pas de dater avec certitude les événements à venir et ne sauraient être confondus avec les vérités révélées de la foi catholique. Mais leur existence, leurs thèmes récurrents et les correspondances que certains lecteurs établissent avec les bouleversements contemporains méritent au minimum un examen sérieux. 

Refuser par principe de les considérer n'est pas davantage une preuve d'intelligence que les accepter sans discernement ne serait une preuve de foi. Il est une réalité historique que notre époque, dans son arrogance technicienne et son culte du progrès, semble avoir définitivement évacuée : aucune civilisation n'est éternelle, aucune puissance humaine n'est invulnérable et aucune prospérité matérielle ne garantit la pérennité d'une société. Les empires les plus puissants ont disparu, les économies les plus florissantes se sont effondrées et les sociétés qui se croyaient à l'abri ont parfois été balayées en quelques années. Pourquoi notre époque ferait-elle exception ? L'homme moderne semble avoir confondu ses capacités techniques avec une forme d'invulnérabilité, son confort avec la sécurité et sa maîtrise apparente de la matière avec une prétendue émancipation de toute nécessité supérieure. C'est peut-être là sa plus grande illusion. Car une civilisation qui perd ses fondements spirituels, méprise son héritage et renonce à toute transcendance finit par fragiliser les conditions mêmes de sa survie. Les prophéties, pour ceux qui leur accordent crédit, peuvent ainsi constituer des invitations à la vigilance ; mais les faits historiques suffisent déjà à rappeler que rien de ce que les hommes ont construit n'est définitivement acquis. L'histoire ne garantit jamais aux peuples qu'ils survivront à leurs propres égarements.

Nous sommes peut-être à la fin d'un cycle historique. Nous sommes, à tout le moins, au cœur d'une crise majeure de civilisation. Et nous aurions tort de croire que les institutions, les frontières, les monnaies, les libertés ou les équilibres religieux dont nous avons hérité sont éternellement garantis. Mais il serait trop facile de rejeter toute la responsabilité de cette situation sur nos dirigeants. Nous avons aussi les dirigeants que nous méritons, parce que nous avons trop longtemps accepté de leur abandonner nos responsabilités. Notre faiblesse collective, notre lâcheté, notre passivité et notre goût du confort ont laissé le champ libre à des minorités beaucoup moins nombreuses, mais infiniment mieux organisées, déterminées et préparées, qui entendent bouleverser les fondements moraux, spirituels et civilisationnels de nos sociétés. 

Certaines mouvances vont même jusqu'à revendiquer ouvertement des références satanistes ; d'autres poursuivent des objectifs Lucifériens de rupture par des voies idéologiques, culturelles, politiques ou institutionnelles. Il ne faut ni tout confondre ni fermer les yeux sur les manifestations concrètes de ces phénomènes. Pendant que la majorité sommeille, d'autres s'organisent, investissent les lieux de pouvoir et travaillent méthodiquement à redéfinir ce qui doit être considéré comme bien ou mal, vrai ou faux, sacré ou profane. Les responsables politiques continueront à promettre, les candidats à se disputer les restes du pouvoir et les institutions à défendre leurs procédures. Mais rien ne changera tant que nous persisterons à confondre tranquillité et liberté, passivité et prudence, indignation verbale et véritable engagement. 

La responsabilité de ce qui advient est avant tout la nôtre. Il est temps d'ouvrir les yeux, de retrouver notre courage, de nous organiser, de défendre nos principes et de nous préparer. Car une civilisation ne se perd pas seulement lorsqu'elle est attaquée, elle se perd surtout lorsque ceux qui devraient la défendre renoncent à le faire. Et le plus grand danger, aujourd'hui, n'est peut-être pas la catastrophe annoncée par telle ou telle prophétie, mais notre incapacité collective à seulement envisager qu'elle puisse survenir. Cette obstination à confondre la paix avec le silence, la prudence avec le déni et la foi avec le confort intellectuel constitue peut-être notre pire vulnérabilité. Car le monde ne s'effondre pas toujours faute d'avoir été averti, mais bien souvent parce que ceux qui auraient pu agir ont préféré détourner le regard.

L'heure n'est plus à la somnolence, aux lamentations stériles ni aux indignations sans lendemain. Elle est à la lucidité, au courage et à l'action. Lorsque les fondations tremblent, on ne discute pas de la couleur des rideaux : on consolide ce qui peut l'être, on protège ce qui mérite de survivre et on transmet ce qui ne doit pas disparaître. Et surtout, on veille à ne pas perdre son âme en cherchant à sauver le reste. Car, en définitive, nous ne maîtrisons ni le cours de l'Histoire ni les épreuves qui nous attendent. Mais nous demeurons responsables de nos choix, de nos renoncements et de notre fidélité. Que le monde vacille ne nous autorise pas à vaciller dans nos convictions. Que les hommes abandonnent leurs principes ne nous dispense pas de défendre les nôtres. Et que les ténèbres progressent ne saurait nous faire oublier de quel côté se trouve la Lumière.

Alors, quand tout vacille autour de nous, que notre seule défaite ne soit jamais d'avoir renoncé à Dieu, à la vérité et au courage de les défendre.

Phil BROQ.




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