L'IMPUNITÉ D'UN ÉTAT RACISTE FACE AU SANG DES PEUPLES...
De nombreux intellectuels, écrivains et responsables politiques qualifient désormais Israël de régime fasciste, d'État d'apartheid et de puissance génocidaire. Ils dénoncent un système de domination violente et sanguinaire dont l'impunité repose notamment sur l'instrumentalisation politique de la Shoah. Une mémoire historique à géométrie variable brandie comme un bouclier pour disqualifier les critiques, étouffer les contestations et soustraire l'État israélien à toute reddition de comptes. Le paradoxe est insoutenable lorsque l'extermination des Juifs d'Europe, l'un des crimes les plus abominables de l'histoire humaine est invoquée pour légitimer la dépossession d'un autre peuple, son occupation illégale et la négation de ses droits. Il ne s'agit pas ici de contester la mémoire de la Shoah, mais de refuser sa confiscation politique. La mémoire des victimes ne saurait servir de permis d'impunité à un État, pas plus qu'elle ne peut devenir le paravent des crimes commis contre les Palestiniens.
Beaucoup d'entre vous sont également victimes d'un autre tour de passe-passe idéologique faisant l'amalgame entre nationalisme et extrême droite. Une confusion qui n'a rien d'innocent. Son objectif est de discréditer toute revendication de souveraineté populaire, toute volonté de défendre l'indépendance nationale et toute aspiration d'un peuple à reprendre en main son propre destin. En assimilant systématiquement patriotisme et extrémisme racial, on cherche à criminaliser jusqu'à l'idée même de souveraineté.
Il faut donc remettre les mots à leur place. Défendre une nation, ce n'est pas fantasmer une prétendue pureté ethnique. Le nationalisme, dans sa conception civique et populaire, défend un peuple dans son ensemble, indépendamment des origines, des croyances ou de la couleur de peau. Le fascisme, lui, repose sur l'exclusion, la hiérarchisation des populations et la prétendue supériorité d'une communauté sur les autres. Il nourrit les obsessions identitaires, instrumentalise les différences, légitime la domination et trouve dans le colonialisme et l'impérialisme des prolongements naturels.
L'instrumentalisation de l'antisémitisme par certains courants sionistes et pro-israéliens a franchi un nouveau seuil. Nous assistons à un renversement aussi spectaculaire que préoccupant des repères politiques puisqu’une large partie de la presse dominante accuse désormais la gauche d'antisémitisme, tandis qu'elle présente le Rassemblement national, héritier d'une histoire marquée par l'antisémitisme et les compromissions avec l'extrême droite, comme un rempart contre ce même fléau. Les mots semblent avoir perdu leur sens, les repères avoir été retournés et les responsabilités soigneusement redistribuées. Nous sommes en pleine novlangue Orwellienne où dans cet univers de 1984, le passé s'efface, les contradictions deviennent des vertus et les anciens ennemis se découvrent des fréquentations respectables.
Que des personnalités ouvertement sionistes appellent aujourd'hui à voter à droite n'est d'ailleurs pas un phénomène qu'il faudrait considérer comme une aberration historique. Cette convergence mérite au contraire d'être examinée à la lumière de l'histoire des relations entre certains courants du sionisme politique et les mouvements fascistes européens, notamment dans l'Allemagne nazie et durant les premières décennies de la colonisation sioniste en Palestine. Ces relations, qui ont notamment donné lieu à des accords et à des négociations controversés, rappellent que des convergences tactiques ont pu exister entre des mouvements aux idéologies distinctes, dès lors que certains intérêts politiques se rejoignaient. Il faut donc cesser de traiter ces rapprochements comme des anomalies inexplicables et l'histoire impose de les regarder en face, sans falsification, sans amnésie et sans laisser quiconque instrumentaliser la lutte légitime contre l'antisémitisme pour blanchir l'extrême droite ou faire taire toute critique de la politique israélienne.
C'est cette extrême droite racialiste qui détourne le nationalisme de sa vocation émancipatrice pour en faire une idéologie de domination. C'est elle aussi qui, au nom d'une solidarité idéologique avec le projet sioniste, défend inconditionnellement la politique coloniale israélienne et ferme les yeux sur la destruction de la société palestinienne. Ne vous laissez pas piéger par les amalgames car défendre la souveraineté d'un peuple n'a rien à voir avec revendiquer la supériorité d'une race. Le patriotisme n'est pas le racisme, la souveraineté populaire n'est pas le fascisme et l'émancipation nationale n'est pas une entreprise de domination. Ne laissez pas ceux qui prétendent parler au nom de la nation en confisquer le sens pour en faire l'étendard de l'exclusion et de la haine.
L'antisémitisme est un racisme comme les autres et il doit être combattu avec la même détermination, quelle que soit son origine ou la manière dont il se manifeste. Mais cette exigence ne saurait servir de prétexte à une immunité idéologique. Certains courants sionistes et pro-israéliens ont fait de l'accusation d'antisémitisme une arme politique, utilisée pour disqualifier les opposants, étouffer les critiques et neutraliser toute remise en cause du système de domination israélien. Le paradoxe est particulièrement frappant lorsque ceux qui prétendent combattre le racisme défendent eux-mêmes une conception ethno-nationaliste de l'État, fondée sur la distinction entre appartenances collectives et sur la préservation d'une identité nationale définie en termes ethniques. Et comment peut-on prétendre combattre le racisme tout en légitimant des politiques de discrimination et de ségrégation ? La lutte contre l'antisémitisme ne peut être un instrument de chantage politique, pas plus que la mémoire des persécutions ne peuvent justifier la hiérarchisation des peuples. Le racisme ne devient pas acceptable parce qu'il se drape dans la mémoire des victimes, et aucun projet politique ne saurait bénéficier d'une immunité morale au seul motif qu'il prétend parler en leur nom.
Cette distinction prend tout son sens lorsqu'on observe la réalité politique israélienne. Derrière les discours sur la sécurité, l'identité nationale et la préservation du prétendu caractère ethnique de l'État, comment peut-on revendiquer la souveraineté pour soi tout en refusant obstinément ce même droit à un autre peuple ? Comment peut-on invoquer le droit à l'autodétermination tout en organisant la dépossession, la colonisation et la fragmentation territoriale des Palestiniens ? Israël offre une illustration particulièrement frappante de cette contradiction. C'est à cette lumière qu'il faut examiner les élections législatives de 2026 et non comme un banal affrontement entre deux personnalités politiques, mais comme le révélateur d'un système dont les principales forces restent attachées au maintien de l'ordre colonial.
Le sionisme, dans ses formes les plus radicales et expansionnistes, est devenu l'une des expressions les plus brutales du nationalisme ethnique contemporain. Lorsqu'une idéologie prétend garantir les droits d'un peuple en organisant la dépossession d'un autre, lorsqu'elle érige l'appartenance ethnique en fondement de la souveraineté et justifie l'occupation, la ségrégation et l'expulsion, elle reproduit les mécanismes mêmes du racisme qu'elle prétend parfois combattre. Le plus révoltant est encore de voir cette logique de domination se draper dans la mémoire des persécutions passées pour réclamer une immunité morale et politique. Aucune tragédie historique ne confère le droit d'en infliger une autre. Aucun peuple ne peut revendiquer sa liberté en niant celle d'un autre. Et aucune idéologie ne devrait pouvoir transformer le racisme en doctrine d'État tout en exigeant que le monde détourne les yeux.
À l'issue d'une campagne sous haute tension, les premières projections publiées mercredi soir dessinent un paysage politique sans véritable vainqueur. Le bloc de Netanyahu arrive en tête avec 53 sièges, contre 48 pour la coalition de Gadi Eisenkot, tandis que les listes arabes en obtiendraient 19. Avec plus de 88 % des bulletins dépouillés, aucun camp n'atteint les 61 sièges nécessaires pour constituer une majorité à la Knesset. Cette élection, censée départager deux prétendues alternatives, débouche donc sur une impasse parlementaire.
Première consultation depuis le 7 octobre, elle aura été marquée par une participation exceptionnelle de 77,7 %, incluant une proportion importante d'Israéliens établis à l'étranger. Mais derrière les chiffres, les tractations et les marchandages de coalition, rien ne change sur le fond puisque le système politique israélien demeure verrouillé autour de la colonisation, de la domination et du refus des droits nationaux palestiniens. Le scrutin n'a pas départagé deux visions radicalement différentes de l'avenir. Il a simplement renvoyé les deux blocs à leurs négociations pour déterminer qui gouvernera et avec quels alliés.
Les élections générales israéliennes ont ainsi opposé deux responsables politiques dont les divergences programmatiques sur la question palestinienne apparaissent particulièrement limitées. Si Netanyahu est remplacé par Gadi Eisenkot, ne vous laissez pas abuser par l'opération de blanchiment politique que ne manqueront pas d'organiser les élites libérales et médiatiques. Un changement de Premier ministre ne constitue pas, à lui seul, un changement de politique. Et encore moins une rupture avec le système de domination existant.
The Guardian a déjà donné le ton. Dans un article publié la semaine précédente, le journal s'est attardé sur le caractère prétendument « brut » d'Eisenkot, ses origines marocaines et ses racines ouvrières, tout en accordant beaucoup moins d'attention à son parcours militaire et aux opérations qu'il a dirigées. Voilà comment fonctionne la fabrique de la respectabilité. On soigne le portrait du général, on valorise ses origines sociales et on relègue son bilan militaire à l'arrière-plan. Le passé devient un détail biographique, tandis que l'identité se transforme en argument politique.
Car Eisenkot n'est pas un novice de la guerre. C'est un militaire de carrière dont l'ascension s'est construite au sein de l'appareil militaire israélien. En 2014, Netanyahu l'a nommé chef d'état-major. D'octobre 2023 à juin 2024, il a siégé à son cabinet de guerre. Voilà le fait politique essentiel que les portraits complaisants préfèrent reléguer au second plan car l'homme présenté comme une alternative à Netanyahu a été choisi par ce dernier pour diriger l'armée israélienne et a participé à son gouvernement pendant huit mois de guerre à Gaza. Alors, quelle rupture peut-on sérieusement attendre d'un homme qui a occupé de telles responsabilités au cœur même de cette période ?
Netanyahu instrumentalise la guerre à Gaza et les attaques contre l'Iran dans sa stratégie électorale. Eisenkot, de son côté, possède plus de quarante années de carrière militaire, au cours desquelles il a participé à des opérations contre les Palestiniens et les populations de la région. Engagé dans l'armée israélienne en 1978, il y est resté jusqu'à sa retraite en 2019, après avoir occupé le poste de chef d'état-major.
Son nom est notamment associé à la « doctrine Dahiya », développée alors qu'il commandait les forces israéliennes au Liban. Son principe est de recourir à une puissance de feu écrasante et disproportionnée contre les infrastructures et les zones civiles afin de terroriser une population et de la contraindre à la soumission. Cette doctrine tire son nom d'un quartier de Beyrouth dévasté sous son commandement pendant la guerre de juillet-août 2006. Le bilan de cette guerre fut d'environ 1 200 civils tués. Ce n'est pas un détail dans le parcours d'Eisenkot. C'est précisément ce passé militaire que les commentateurs tentent aujourd'hui de recouvrir d'un vernis de respectabilité.
En 2018, Eisenkot dirigeait également l'armée israélienne lors de la Grande Marche du Retour à Gaza. Pendant des mois, des milliers de Palestiniens ont manifesté près de la barrière frontalière pour réclamer la fin du blocus et la liberté de circulation. La réponse de l'armée fut une répression meurtrière avec 183 Palestiniens tués, dont 35 enfants, et des milliers d'autres blessés ou mutilés. Les tirs provenaient des positions militaires israéliennes installées le long de la clôture. Un rapport de l'ONU a documenté le ciblage délibéré des membres inférieurs des manifestants, dans le but de les neutraliser. Aucun Israélien n'a été tué lors de ces manifestations. Des manifestants désarmés, des enfants abattus, des milliers de blessés, des corps mutilés… voilà ce qui s'est produit sous le commandement d'Eisenkot. Et pourtant, cette carrière ne constitue manifestement pas un obstacle à son ambition politique. Elle semble même être devenue un argument de campagne. C'est là l'une des dimensions les plus révoltantes de la vie politique israélienne où un bilan militaire marqué par des opérations meurtrières peut être présenté comme une preuve de compétence et d'expérience, plutôt que comme un motif d'examen et de responsabilité.
Depuis son entrée en politique en 2021, Eisenkot a transformé son expérience militaire en capital électoral. Il n'a pas condamné la campagne israélienne à Gaza. Comme Netanyahu, il s'oppose à la création d'un État palestinien. En août, il a réaffirmé publiquement cette opposition, cherchant manifestement à rassurer un électorat pour lequel aucune concession sur cette question ne semble acceptable.
Netanyahu avait pourtant trouvé le moyen de l'accuser de vouloir créer un État palestinien « avant la sortie de GTA 6 », en référence au célèbre jeu vidéo. Voilà le niveau du débat politique où deux responsables rivalisent de surenchères nationalistes et cherchent à démontrer lequel défendra le plus fermement l'ordre existant. La liberté des Palestiniens, leur souveraineté et leurs droits fondamentaux sont relégués au rang de prétextes dans une compétition électorale où la fermeté envers eux devient un argument de vente.
Sur la colonisation, les divergences sont tout aussi limitées. Eisenkot soutient l'expansion des colonies en Cisjordanie au nom de la préservation du prétendu « caractère juif » d'Israël. Dans les derniers jours de la campagne, il a même utilisé le slogan « Benjamin est Palestine », accusant Netanyahu d'être trop favorable aux Palestiniens. Il fallait oser. Accuser Netanyahu, responsable de la conduite de la guerre à Gaza et visé par un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale, d'être trop pro-palestinien relève d'une surenchère politique qui en dit long sur les limites du débat électoral. Dans cette compétition, il ne suffit plus de défendre la politique menée, il faut encore convaincre qu'on sera capable de la poursuivre avec davantage de détermination.
Et si Eisenkot parvient à former un gouvernement, il devra composer avec des personnalités comme Avigdor Liberman, responsable politique d'extrême droite qui a affirmé à plusieurs reprises qu'« il n'y a pas d'innocents à Gaza » et exhorté Netanyahu, l'année dernière, à larguer une bombe nucléaire sur l'Iran. Il pourrait prétendre au portefeuille de la Défense. Une perspective qui donne une idée assez précise de la nature du changement annoncé.
Il pourrait également compter sur Yair Lapid, ancien ministre des Affaires étrangères et ancien Premier ministre, qui a contesté les accusations de génocide et de famine à Gaza et présenté les manifestations de solidarité avec les Palestiniens comme le produit de la propagande. Lapid défend lui aussi une ligne particulièrement agressive envers l'Iran. Plus tôt cette année, il a appelé Israël à « détruire tous les champs pétroliers et l'industrie énergétique iraniens sur l'île de Kharg ». Or, les attaques délibérées contre des infrastructures civiles peuvent constituer des crimes de guerre. Il a également appelé à la destruction du Hezbollah, une perspective qui ferait peser de nouvelles menaces considérables sur les populations civiles libanaises.
Voilà donc le personnel politique susceptible de composer le gouvernement du changement avec des responsables militaires, des partisans de la colonisation, des dirigeants contestant les accusations de génocide et des promoteurs d'une confrontation régionale toujours plus dangereuse. Ils ne se distinguent pas par leur volonté de rompre avec la politique israélienne, mais par leurs méthodes, leurs alliances et le degré de fermeté qu'ils entendent afficher.
Le problème ne se résume donc pas à Netanyahu. Il tient à un système politique dans lequel la colonisation, le militarisme et la négation des droits palestiniens constituent des éléments structurants du pouvoir. Un système où les responsables politiques peuvent rivaliser de déclarations belliqueuses, où les opérations militaires meurtrières deviennent des arguments électoraux et où les responsabilités politiques se dissolvent dans les marchandages parlementaires.
Alors, comment expliquer qu'une telle violence puisse se poursuivre avec si peu de conséquences politiques pour ceux qui la décident et la conduisent ? Comment comprendre que des responsables associés à des opérations ayant fait des milliers de victimes puisse continuer à briguer les plus hautes fonctions de l'État sans que leur bilan constitue un obstacle majeur ? Comment accepter qu'un pouvoir puisse accumuler les accusations, les condamnations internationales et les alertes humanitaires tout en continuant à bénéficier de soutiens diplomatiques et militaires déterminants ?
L'impunité n'est pas un simple effet secondaire de cette situation. Elle en est l'un des principaux ressorts. Tant que les responsabilités ne sont pas établies, que les décisions ne sont pas sanctionnées et que les alliances internationales continuent de protéger les dirigeants concernés des conséquences de leurs actes, rien ne contraint réellement le pouvoir à changer de cap. La violence peut alors se poursuivre, se banaliser et même devenir un argument de légitimité politique.
La seule maigre incertitude réside dans l'impossibilité, pour les deux blocs, de réunir immédiatement une majorité parlementaire. Cette impasse pourrait ralentir temporairement la formation d'un gouvernement. Mais elle ne garantit aucune rupture. Netanyahu pourrait parfaitement exploiter une nouvelle confrontation avec l'Iran, notamment si les États-Unis et Israël reprennent leurs opérations militaires, pour réclamer la formation d'un nouveau « gouvernement d'unité nationale », comme après le 7 octobre.
Ne vous laissez donc pas vendre le conte de fées des « bons Israéliens » qui seraient sur le point de reprendre les commandes d'une démocratie en crise. Ne confondez pas changement de visage et changement de politique. Ne prenez pas les origines marocaines d'un général pour un certificat d'humanisme. Et ne laissez pas les médias libéraux transformer un responsable militaire en réformateur simplement parce que son histoire familiale et son accent diffèrent de ceux de son prédécesseur.
Il ne faut donc nourrir aucune illusion tant ces élections ne portent en elles aucune promesse de rupture avec la colonisation, l'apartheid et la négation des droits du peuple palestinien. Netanyahu ou Eisenkot, peu importe le visage qui occupera le fauteuil de Premier ministre puisque les deux camps restent profondément ancrés dans la défense du même ordre politique, celui qui permet la dépossession d'un peuple, l'occupation de ses terres et la destruction de ses conditions d'existence. Leurs querelles électorales ne sont que des rivalités de pouvoir au sein d'un système dont ils partagent les fondements.
Mais le plus révoltant n'est pas seulement l'ampleur des massacres. C'est l'incroyable impunité de ceux qui les ordonnent, les justifient et les rendent possibles. Pendant que des civils sont ensevelis sous les décombres, que des enfants sont tués, que des familles entières sont anéanties et que des territoires sont méthodiquement dévastés, les responsables politiques continuent de faire campagne, de négocier des alliances, de distribuer des portefeuilles ministériels et de préparer leur prochain mandat. Les morts s'accumulent, les bourreaux changent éventuellement de costume, mais la machine politique, elle, continue de tourner. Cette normalisation de l'horreur est peut-être l'un des aspects les plus insupportables de la situation lorsque la destruction d'un peuple devient une donnée ordinaire du débat politique, une variable électorale et un instrument de conquête du pouvoir.
Et derrière cette impunité se trouvent aussi les gouvernements occidentaux qui, au lieu d'imposer des conséquences politiques et diplomatiques, continuent de fournir à Israël une protection dont ses dirigeants connaissent parfaitement la valeur. Tant que cette protection perdurera, les déclarations de préoccupation, les appels creux à la retenue et les promesses de paix ne seront que des paravents diplomatiques derrière lesquels la violence pourra continuer.
Alors, après ces élections, la véritable question ne sera pas de savoir si Netanyahu aura été remplacé par Eisenkot. Elle sera de savoir combien de temps encore les responsables de cette politique pourront massacrer, détruire et coloniser sans avoir à rendre de comptes. Combien de morts supplémentaires faudra-t-il pour que l'impunité cesse de tenir lieu de politique étrangère ? Combien de villes devront être rasées, combien d'enfants devront être enterrés, combien de familles devront disparaître avant que les protecteurs internationaux d'Israël acceptent enfin de regarder leurs propres responsabilités en face ?
Un changement de Premier ministre ne ressuscitera aucun mort, ne rendra aucune maison à ceux qui l'ont perdue et ne réparera aucune vie brisée. Il ne changera rien à la nature du système si celui qui succède à Netanyahu poursuit la même politique avec les mêmes méthodes et la même assurance de ne jamais avoir à en répondre. Le problème n'est pas seulement celui qui gouverne Israël. C'est celui d'un pouvoir qui a fini par considérer que tout lui était permis, parce qu'il sait qu'il pourra continuer à agir sans subir les conséquences de ses actes. Et tant que cette impunité durera, les Palestiniens continueront d'en payer le prix de leur sang.
Phil BROQ.

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