DU CAPITAL A LA MILITARISATION EN PASSANT PAR LA BIOSURVEILLANCE GENERALISEE ET L'EUGENISME
Depuis plusieurs années, un même réseau d’intérêts financiers, technologiques et sécuritaires apparaît en filigrane derrière l’expansion de l’industrie israélienne de la cybersurveillance et des technologies duales. À mesure que les frontières entre sécurité intérieure, renseignement, finance globale et capital-risque disparaissent, une question devient incontournable : comment des banques européennes, des fonds d’investissement américains et des anciens responsables militaires israéliens ont-ils contribué à transformer l’économie de la cybersécurité en infrastructure géopolitique mondiale ?
Le premier niveau de cette mécanique est parfaitement documenté. Des institutions financières européennes ont été identifiées par des ONG palestiniennes et européennes comme ayant financé des entreprises impliquées dans les colonies israéliennes de Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Selon ces rapports, des centaines de milliards de dollars auraient été injectés dans des sociétés liées directement ou indirectement à l’économie des colonies, pourtant considérées comme illégales au regard du droit international par l’ONU et la Cour internationale de justice.
Le rapport de la coalition Don’t Buy Into Occupation (DBIO), publié fin 2024, constitue l’une des cartographies financières les plus détaillées des liens entre la finance européenne et l’économie de la colonisation israélienne. Selon cette enquête menée avec l’appui d’organisations comme FIDH, Association France Palestine Solidarité, CCFD-Terre Solidaire ou Oxfam, ce sont plus de 800 institutions financières européennes qui ont entretenu entre 2021 et 2024 des relations financières avec 58 entreprises actives dans les colonies israéliennes de Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Le rapport chiffre ces engagements à environ 211 milliards de dollars sous forme de prêts et garanties, auxquels s’ajoutent 182 milliards de dollars d’actions et d’obligations détenues dans ces entreprises.
Parmi les institutions les plus fréquemment citées dans ces rapports figurent plusieurs poids lourds de la finance européenne et mondiale — BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole, BPCE, Deutsche Bank, Barclays, HSBC, AXA, Allianz — auxquels s’ajoutent des acteurs majeurs de la gestion d’actifs comme BlackRock et Vanguard Group. Leur présence récurrente dans ces chaînes de financement interroge moins par des logiques d’intention explicite que par l’ampleur systémique de leur exposition à des secteurs hautement sensibles, où s’entremêlent infrastructures, sécurité et géopolitique.
Le mécanisme dénoncé par les ONG n’est pas celui d’un financement direct des colonies par ces banques, mais celui d’un soutien massif à des entreprises qui construisent, équipent, sécurisent ou rendent économiquement viables les implantations israéliennes considérées comme illégales par le droit international. Parmi les entreprises régulièrement citées dans les rapports du DBIO et dans la base de données du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme figurent des acteurs majeurs de l’économie globale : Airbnb et Booking Holdings dans le secteur de l’hébergement, Motorola Solutions dans les infrastructures de surveillance, Hewlett Packard Enterprise dans les systèmes de données et de contrôle, Siemens et Alstom dans les réseaux de transport, Caterpillar et Volvo Group dans les équipements de construction et de démolition, Bank Leumi, Bank Hapoalim et Israel Discount Bank dans le financement immobilier, ainsi qu’Elbit Systems, Cisco Systems et IBM dans les technologies militaires, numériques et les infrastructures de traitement de données.
Pris isolément, ces acteurs s’inscrivent dans des logiques industrielles et financières classiques. Mais leur implication, telle que documentée par plusieurs sources, interroge la manière dont certaines chaînes de valeur peuvent contribuer indirectement à la consolidation de systèmes de domination et de contrôle. Dans cette perspective, la question du boycott s’impose comme un levier d’action civile : refuser la participation passive à ces circuits économiques revient, pour une partie de la société, à tenter de desserrer les liens entre consommation, finance et infrastructures de surveillance, et à réaffirmer une exigence de responsabilité dans les flux qui structurent le monde contemporain.
Le rapport insiste aussi particulièrement sur le rôle des infrastructures technologiques dans la consolidation du système colonial israélien. Les colonies ne reposent plus seulement sur l’occupation militaire violente, mais sur une architecture carcérale intégrée mêlant cybersurveillance, biométrie, plateformes de données, vidéosurveillance algorithmique et infrastructures logistiques.
C’est dans ce contexte qu’apparaît la convergence avec l’industrie israélienne de la cybersécurité issue des unités militaires comme l’Unité 8200. D’anciens officiers de renseignement fondent des startups ensuite financées par des fonds occidentaux, avant d’être absorbées par les grands groupes américains de sécurité et de défense numérique.
Le cas de Carbyne est emblématique. Fondée par d’anciens membres des services technologiques israéliens et soutenue par l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak, l’entreprise développe des systèmes cloud de gestion d’urgence capables d’agréger en temps réel données GPS, flux vidéo, communications et géolocalisation mobile.
L’intérêt stratégique de ces technologies a rapidement attiré des investisseurs liés au complexe sécuritaire américain tels que Peter Thiel via Founders Fund ; Palantir Technologies ; Axon Enterprise, fabricant des TASER et des caméras policières connectées. Et bien entendu , toujours BlackRock et Vanguard Group ;
Ce que montrent ces rapports, c’est donc moins une « conspiration unique » qu’une imbrication structurelle entre banques européennes ; fonds d’investissement américains ; industrie sécuritaire israélienne ; anciens responsables militaires ; géants technologiques et infrastructures de surveillance civile. Autrement dit, une économie de la sécurité mondialisée où les technologies développées dans le contexte de l’occupation et du renseignement militaire deviennent des actifs financiers internationaux.
Or, ce financement massif ne relève pas seulement d’une logique bancaire classique. Il révèle l’existence d’un continuum entre finance occidentale, industrie sécuritaire israélienne et technologies de surveillance planétaire. Derrière les investissements, ce sont des infrastructures de contrôle, d’analyse comportementale, de cybersécurité offensive et de collecte de données qui se développent.
L’affaire Jeffrey Epstein a donné une visibilité soudaine à cette zone grise où se croisent argent, renseignement et technologies stratégiques. Les documents publiés à partir de 2025 par des médias comme Drop Site News, puis repris par PressTV ou le Réseau Voltaire, décrivent un ensemble de relations financières entre Epstein, l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak et la banque Edmond de Rothschild. Des documents fiscaux confirment que la fondation associée à Jeffrey Epstein, (THE C.O.U.Q. FOUNDATION INC.), dont la source majeure était son lien financier étroit avec le milliardaire Leslie Wexner et sa société Financial Trust Co., via des transactions complexes et opaques. Il a effectué des dons significatifs à des organisations pro-israéliennes telles que Friends of the Israel Defense Forces (FDI) - organisation américaine qui collecte des fonds pour soutenir l'armée israélienne (Tsahal) et ses infrastructures- ou encore au Fonds national juif, organisation foncière historiquement impliquée dans l'acquisition de terres et l'expansion des colonies en Cisjordanie.
À travers les dons de Jeffrey Epstein se dessine, selon une lecture profondément critique du pouvoir contemporain, une mécanique glaçante où l’argent sale ne cherche pas seulement à acheter le silence, mais à coloniser l’intelligence elle-même. Pendant des années, des institutions censées incarner l’excellence morale et scientifique comme le MIT, Harvard, Columbia ou Bard College ont accepté des millions de dollars provenant d’un homme déjà entouré d’accusations gravissimes, finançant au passage des programmes de génétique, de mathématiques et des réseaux universitaires prestigieux. Comme si, dans cette gouvernance mondiale opaque, la respectabilité académique pouvait être blanchie à coups de fondations privées et de mécénat stratégique.
Même logique à l’international avec le financement d’associations proches des cercles d’influence français, l’opéra national de Lituanie, l’institut de conseil en sexualité à Rome, comme autant de points de contact révélant un système où les élites politiques, culturelles et scientifiques gravitent dans une même zone grise, protégées par leur capital social et leur utilité mutuelle. Ce n’est plus une simple affaire de corruption individuelle, mais l’image d’un monde où les réseaux d’influence transnationaux absorbent tout, y compris l’éthique, jusqu’à rendre indiscernable la frontière entre philanthropie, pouvoir et prédation.
Comme pour ses « amis », Jeffrey Epstein n’a jamais financé la recherche en génétique par simple curiosité scientifique mais l’a instrumentalisée comme le font ces milliardaires malades de leur toute-puissance, persuadés que leur fortune leur donnait le droit de remodeler l’humanité selon leurs fantasmes. Derrière le vernis des conférences intellectuelles, des dons à Harvard ou au MIT et des salons pseudo-philosophiques fréquentés par des scientifiques fascinés par l’argent, se cachait une obsession permanente pour l’eugénisme et le transhumanisme le plus brutal.
Le « groupe Epstein » ne rêvait pas de progrès collectif ; il rêvait d’une aristocratie biologique dont ils seraient les architectes et Epstein le géniteur suprême. Ce projet délirant de transformer son ranch du Nouveau-Mexique en usine à reproduction humaine, où il aurait fécondé des dizaines de femmes avec son propre sperme pour disséminer ce qu’il considérait comme un ADN “supérieur”, révèle une mégalomanie pathologique nourrie par un mépris profond pour l’égalité humaine.
Plus ignoble encore, des échanges dévoilent un intérêt pour des recherches visant à modifier génétiquement les Noirs afin de les rendre prétendument “plus intelligents”, preuve d’un racisme pseudo-scientifique directement hérité des théories eugénistes les plus sordides du XXe siècle. L’attrait pour le criblage polygénique et les embryons “optimisés” n’était pas une réflexion éthique sur la médecine du futur, mais bien la volonté psychopathique de sélectionner les êtres humains comme du bétail génétique, afin de produire des individus calibrés selon des critères de performance et de domination sociale.
Même la fascination pour la cryogénisation de la tête et des organes reproducteurs participait de cette logique mégalomaniaque et narcissique où ces milliardaires veulent survivre à leur propre mort afin de continuer à imposer leur lignée au monde. En finançant des institutions prestigieuses, ils cherchent moins à soutenir la science qu’à acheter une respectabilité intellectuelle à leurs délires eugénistes, transformant certains cercles académiques en caution mondaine d’un projet fondamentalement inhumain.
Or, la famille Rothschild soutient depuis longtemps des institutions médicales et scientifiques, comme l'Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild à Paris, via des fondations familiales. Elle a surtout systématiquement pratiqué l’endogamie (le mariage entre cousins germains) pendant près de deux siècles, notamment pour préserver son unité et sa fortune. Cette stratégie, visant à maintenir l'unité et la richesse familiales, a conduit à la transmission stable de certaines lignées génétiques. Par exemple, les hommes de la famille appartiennent majoritairement à l'haplogroupe J2a1-L210, une sous-classe de l'haplogroupe J, qui est portée par environ 20 % des Juifs ashkénazes.
Ce qui rend cette vision particulièrement terrifiante n’est pas seulement la dérive individuelle d’un prédateur comme Epstein, mais le fait qu’elle prospère au sein d’élites économiques et technologiques convaincues que la richesse leur confère un droit de propriété sur le vivant lui-même. À force de fréquenter des cercles où l’argent achète l’influence, la science et parfois le silence, certains finissent par se percevoir comme des ingénieurs de l’espèce humaine plutôt que comme de simples mortels soumis aux mêmes limites que tous les autres.
Certes, ces documents ne suffisent pas, à ce stade, à établir juridiquement l’existence d’une conspiration criminelle coordonnée. Mais ils révèlent toutefois un enchevêtrement particulièrement opaque de relations d’affaires, de circuits financiers et d’intérêts politico-sécuritaires où se croisent banquiers internationaux, anciens responsables du renseignement israélien, milliardaires de la tech, savants fous et intermédiaires liés aux sphères du pouvoir américain. Courriels, contrats, montages financiers et transferts de fonds mettent au jour non pas un simple réseau d’investisseurs, mais une architecture de pouvoir transnationale capable de faire circuler capitaux, technologies de surveillance et influence stratégique à travers des structures privées difficilement contrôlables par les mécanismes démocratiques classiques. Et une caste de puissants, malveillants, s’arroge le rôle de dieux, pendant que le reste de l’humanité est réduit au rang de cheptel perfectible.
Au centre de cette nébuleuse apparaît Carbyne, anciennement Reporty Homeland Security. Fondée par d’anciens membres des unités israéliennes 8200 et 81 — spécialisées dans le renseignement électronique et les technologies militaires — l’entreprise développe des plateformes de gestion d’urgence capables d’agréger en temps réel données GPS, vidéos, flux audio et communications mobiles. Officiellement destinée aux services de secours, cette technologie possède des capacités de surveillance considérables.
Jeffrey Epstein aurait donc financé indirectement l’entreprise via un prêt de 1,5 million de dollars accordé à Ehud Barak. Il aurait également joué un rôle d’intermédiaire entre Barak et plusieurs acteurs majeurs de la Silicon Valley, notamment Peter Thiel, cofondateur de Palantir. En 2018, le Founders Fund de Thiel investit 15 millions de dollars dans Carbyne. Ce croisement entre anciens responsables militaires israéliens, milliardaires technologiques américains et réseaux financiers internationaux illustre la fusion progressive entre capital-risque et appareil sécuritaire.
Lorsque Axon Enterprise, société américaine connue pour ses TASER, ses caméras policières et ses plateformes de surveillance cloud utilisées par les forces de l’ordre américaines, rachète Carbyne en 2025 pour environ 625 millions de dollars, ce n’est pas seulement une acquisition technologique mais bien l’intégration directe d’un savoir-faire issu du renseignement militaire israélien dans l’appareil sécuritaire américain. Et derrière Axon se retrouvent Vanguard, BlackRock et State Street…Toujours les mêmes rapaces, géants financiers présents dans l’ensemble de l’économie sécuritaire mondiale.
Mais c’est surtout la présence du groupe Edmond de Rothschild dans cette architecture qui soulève des interrogations supplémentaires. La famille Rothschild, en particulier Edmond de Rothschild, a joué un rôle fondamental dans le financement des premières colonies juives en Palestine à la fin du XIXe siècle, un soutien crucial pour le mouvement sioniste. Des échanges publiés par le House Oversight Committee américain évoquent des discussions financières entre Epstein et la banque dirigée par Ariane de Rothschild autour de fonds d’investissement liés à l’analyse algorithmique des risques et à la cybersécurité. Un contrat de 25 millions de dollars conclu en 2015 entre la Southern Trust Company d’Epstein et Edmond de Rothschild apparaît dans plusieurs documents financiers.
Aucune juridiction n’a établi que ces fonds aient servi directement à financer des opérations illégales ou des cyberarmes offensives. Mais les mécanismes décrits rappellent ceux des structures de capital-risque utilisées dans les secteurs stratégiques avec des sociétés écrans, des fonds « donor-advised »,des montages transnationaux destinés à l’optimisation fiscale et la circulation opaque des capitaux entre les États-Unis, Israël et l’Europe.
Les révélations autour des liens entre Jeffrey Epstein et Ariane de Rothschild alimentent, pour les critiques les plus virulents des élites mondialisées, l’image d’un pouvoir fermé sur lui-même, où fortunes dynastiques, influence financière et compromissions personnelles se confondent dans une même sphère d’impunité. Entre 2013 et 2019, Epstein, pourtant déjà marqué et condamné par des accusations publiques à cette époque, aurait été rémunéré à hauteur de 25 millions de dollars pour des “conseils stratégiques” et des opérations de planification successorale auprès du groupe Edmond de Rothschild.
Mais au-delà des affaires, les échanges dévoilent une proximité troublante avec des confidences intimes, des interventions dans des conflits conjugaux ou encore des conseils dans des batailles autour du nom Rothschild lui-même. Pour une vision profondément toxique de la gouvernance mondiale, ces éléments renforcent l’idée d’une oligarchie transnationale où les grandes fortunes ne se contenteraient pas de contrôler les flux financiers, mais évolueraient dans un univers parallèle, hermétique aux règles ordinaires, où même des individus compromis continuent d’être reçus, consultés et protégés tant qu’ils restent utiles au système. Les démentis institutionnels et les déclarations de compassion envers les victimes apparaissent alors, dans cette lecture radicale, moins comme des ruptures morales que comme des mécanismes classiques de préservation d’image au sein d’un réseau habitué à survivre aux scandales.
Ce qui frappe surtout, c’est la continuité entre le complexe militaro-numérique israélien et les grands acteurs financiers occidentaux. Les startups issues des unités 8200 sont aujourd’hui financées par BlackRock, Vanguard, Sequoia, Andreessen Horowitz, Greylock, Microsoft ou Google. En 2024, le secteur israélien de la cybersécurité a levé près de 4 milliards de dollars, majoritairement auprès de capitaux étrangers.
Ainsi se dessine une mutation profonde du capitalisme contemporain où la sécurité devient un marché total. Les technologies issues du renseignement militaire israélien migrent vers les infrastructures civiles occidentales ; les plateformes de surveillance deviennent des produits commerciaux ; les banques et fonds d’investissement transforment les outils de contrôle en actifs financiers.
Le problème n’est donc pas seulement israélien. Il est systémique. Il réside dans la fusion croissante entre finance globale, technologies de surveillance, renseignement privé et industries sécuritaires. Les États délèguent progressivement leurs fonctions régaliennes à des consortiums technologiques transnationaux capables d’exploiter simultanément la peur, la donnée et la guerre comme moteurs de croissance. Et dans cette architecture opaque, les frontières entre intérêts privés, stratégie géopolitique et influence des services de renseignement deviennent de plus en plus difficiles à distinguer.
Ce qui se dessine à travers cet ensemble n’est pas une succession d’abus isolés, mais la cristallisation d’un système où la finance, le renseignement et la technologie sécuritaire s’imbriquent jusqu’à former une infrastructure globale de contrôle. Sous les apparences de la sécurité, de l’innovation et de la philanthropie, s’installe une économie intégrée de la surveillance et de la prédiction, dans laquelle les technologies issues du militaire deviennent des produits financiers, les données humaines des actifs exploitables, et les dispositifs de contrôle des vecteurs de croissance. Les États, progressivement dessaisis de leurs fonctions régaliennes, voient leurs prérogatives absorbées par des consortiums privés transnationaux capables de transformer la peur et l’information en capital.
Mais ce qui rend cette dynamique particulièrement vertigineuse, c’est qu’elle ne se limite plus à une transformation technique ou institutionnelle, par l'instrumentalisation de la guerre et de la peur, puisqu'elle s’accompagne d’une mutation anthropologique portée par certaines élites économiques et technologiques convaincues que la richesse leur confère un droit implicite sur le vivant lui-même. À force d’évoluer dans des cercles où l’argent achète l’influence, la production scientifique et parfois même le silence, une partie de ces élites finit par se percevoir non plus comme soumise aux mêmes limites que le reste de l’humanité, mais comme une instance supérieure, légitimée à redéfinir ce qu’est l’humain. Dans cette logique, les individus cessent d’être des citoyens ou des sujets politiques pour devenir des variables biologiques à optimiser, sélectionner ou marginaliser selon des critères de performance, de rendement ou de prétendue supériorité.
C’est là que la dérive technocratique rejoint les vieux imaginaires eugénistes sous une forme modernisée avec un langage du progrès qui masque une réactivation du fantasme de tri biologique. Loin d’être une anomalie marginale, cette vision trouve un écho dans des projets transhumanistes, des recherches génétiques et des modèles d’optimisation où l’humain est réduit à un ensemble de paramètres manipulables. Ce glissement installe une rupture radicale où la puissance ne se contente plus de gouverner les sociétés, mais ambitionne désormais de reconfigurer l’espèce.
Dans ce cadre, les figures comme Epstein ne sont pas des exceptions incompréhensibles mais des révélateurs extrêmes d’une rationalité plus large, où l’accumulation de capital s’accompagne d’une prétention à façonner le vivant. Et c’est précisément cette continuité qui inquiète avec la convergence entre infrastructures de surveillance, logiques financières et imaginaires de sélection biologique dessine un monde où le contrôle ne s’exerce plus seulement sur les comportements, mais potentiellement sur la définition même de ce qui a le droit d’être humain.
Ainsi, au-delà des réseaux, des technologies, de la militarisation du monde comme de l'économie, c’est une question politique fondamentale qui se pose avec une acuité nouvelle d’une humanité progressivement reconfigurée non par ses propres choix collectifs, mais par des systèmes où la puissance économique tend à se confondre avec une prétention, à la limite de la psychopathologie, à l’ingénierie du vivant.
Phil BROQ.
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