LES STRATEGES DU NEANT

Les certitudes d'hier peuvent devenir les aveuglements de demain. Lorsqu'un pouvoir refuse de voir un monde qui change, il finit par combattre une réalité qu'il ne maîtrise plus. Derrière les discours martiaux, les postures morales et les grandes déclarations se dessine peut-être une tout autre histoire : celle d'un système qui s'accroche à son passé alors que l'équilibre du monde se redéfinit sous ses yeux. Ce texte propose une lecture critique de cette mutation et interroge les choix de dirigeants qui semblent poursuivre une stratégie devenue incompatible avec les réalités du XXIᵉ siècle.

Les plus mauvais dirigeants et les plus bellicistes de l'Union européenne, donnent aujourd'hui le sentiment d'être les ultimes survivants d'une époque révolue. Ils parlent, pensent et agissent comme si la guerre froide n'avait jamais pris fin. Leur grille de lecture reste prisonnière d'un affrontement idéologique entre un « bloc occidental » et une Russie désignée comme l'ennemi permanent, alors que le monde s'est profondément transformé sans eux.

Pendant des décennies, ces dirigeants Européens ont vécu dans la certitude que l'ordre international resterait organisé autour de la suprématie économique, financière et militaire d'un Occident colonial ayant perdu sa grandeur il y a plus de 50 ans. Cette conviction, profondément enracinée dans les esprits de ces technocrates "has been", imprègne totalement leur pseudo institution bruxelloise. Pourtant, les faits racontent une autre histoire.

Le poids économique très relatif de l'Europe ne cesse de diminuer avec la dégringolade de l'Euro. Si en 1980, les économies européennes représentaient une part considérable de la richesse mondiale, aujourd'hui, la croissance provient essentiellement d'Asie, du Golfe, de l'Inde et de nombreuses puissances régionales. La Chine est devenue la première puissance commerciale de nombreux pays. L'Inde dépasse désormais plusieurs anciennes puissances industrielles. Les BRICS accueillent de nouveaux membres comme l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l'Égypte, l'Iran, l'Éthiopie ou encore l'Indonésie (partenaire). Les pays du G7 sont aux abois et leurs anciennes colonies les dépassent en tous points et sans soucis. que Pendant ce temps, les institutions européennes continuent pourtant à rclaironner leurs idéologies mortiféres et décadentes comme si leurs décisions demeuraient encore le centre de gravité du monde.

La guerre perdue en Ukraine illustre parfaitement ce décalage. Une partie des dirigeants européens présente le conflit comme le combat décisif entre la démocratie et l'autoritarisme, justifiant un soutien militaire toujours plus important à Kiev, alors même que l'autoritarisme technocratique Bruxellois est devenu la risée du monde moderne. Bien que de nombreux observateurs considèrent que cette stratégie comporte un risque d'escalade fatale pour l'Union Euroépenne et qu'une solution diplomatique devrait être recherchée plus activement afin de sauver quelques meubles d'e cette maison en feu. 

Quelle que soit la position adoptée, une évidence demeure désormais où la majorité des pays de la planète refuse simplement de s'aligner sur la position suicidaire européenne. L'Inde continue d'acheter du pétrole russe. La Chine développe ses échanges avec Moscou. Le Brésil, l'Afrique du Sud ou de nombreux États africains entretiennent et amplifient également leurs relations avec la Russie. Et le fameux « isolement international » de Moscou apparaît ainsi comme une inversion accusatoire et beaucoup plus relatif qu'il n'est présenté dans les médias de propagande occidentaux.

Cette réalité révèle surtout un changement de paradigme que ces responsables européens à l'agonie semblent incapables d'admettre. Ils continuent à croire que leurs sanctions inutiles, leurs condamnations diplomatiques et pressions économiques surannées suffiront à imposer leur naratif à défaut d'une véritable volonté occidentale. Pourtant, toutes les sanctions ont eu des effets boomerang délétéres et quantifiables sur l'ensemble des économies européennes avec une flambée des prix de l'énergie après 2022, des difficultés industrielles quasi insoilubles dans plusieurs secteurs clés, une perte de compétitivité totlae face aux États-Unis, bénéficiant d'une énergie moins coûteuse, à la Russie et à la Chine disposant d'avantages industriels importants.

Et pendant que Bruxelles multiplie ses plans illusoires de soutien militaire, ( sans armes ni industries, sans argent ni combattants),les citoyens européens - les éveillés, pas les rebelles de canapé - quant à eux expriment des préoccupations très différentes. Les manifestations agricoles de 2024 dans plusieurs pays ont montré l'ampleur du malaise du monde rural face a la volonté d'intoxiquer les aliments. En France, les mouvements des Gilets jaunes avaient déjà révélé la fracture entre les élites politiques et une partie importante de la population réprimée par les milices et les magistrats traitres. En Allemagne, la désindustrialisation massive inquiète les entreprises comme les salariés. Aux Pays-Bas, les politiques environnementales ont suscité une forte contestation, elle aussi réprimée dans la douleur. Dans de nombreux pays, la hausse du coût du logement, de l'alimentation et de l'énergie alimente un sentiment légitime non seulement d'abandon mais de suicide imposé par une bande de pieds nikelés se vautrant dans les priviléges.

À cela s'ajoutent des débats particulièrement vifs sur l'immigration intensive imposée, l'intégration imossible, la sécurité aussi abandonnée que la souveraineté nationale. Que l'on soit favorable ou non aux politiques actuelles, il est difficile de nier que ces sujets occupent désormais une place centrale dans les préoccupations des électeurs, parfois davantage que les grands discours géopolitiques. Et les faibles  réponses proposées par les gouvernements corrompus, divisent profondément les opinions publiques jusqu'au point de rupture. 

Face à cette contestation croissante, ces dirigeants devenus illégitimes, incapables de gouverner pour le bien commun, sont obligés de privilégier une répression massive et une communication de plus en plus verticale. Les oppositions controlées sont caricaturées, les critiques argumentées sont assimilées à des formes de populisme, voire soupçonnées de servir des intérêts étrangers ou présentées comme extrêmistes. Cette attitude de petits marquis, refusant de voir les guillotines se construire sous leurs fenetres, nourrit un cercle vicieux où plus les gouvernants apparaissent éloignés des préoccupations quotidiennes, plus la défiance progresse et la popualtaion s'organise.

La « bande des quatre tyrans de l'occident » ( Von Der Leyen, Starmer, Mertz et Macron) s'est rêvée en incarnation des quatre cavaliers de l'Apocalypse, distribuant anathèmes, sanctions et ultimatums comme s'il leur appartenait encore de dicter le destin du monde. Mais derrière les postures martiales se cache une réalité bien moins glorieuse avec des économies qui peinent à retrouver le chemin d'une croissance durable, des industries laminées par des décennies de désindustrialisation et de dépendance stratégique, des infrastructures vieillissantes, une démographie en berne et un endettement devenu chronique. Ces dirigeants paradent en généraux d'une puissance qu'ils ne possèdent plus, croyant encore commander les vents de l'Histoire alors qu'ils peinent déjà à gouverner leurs propres nations.

Leur véritable arme n'est plus la prospérité qu'ils promettaient, mais la gestion permanente de la peur qu'ils créent. Peur de la guerre, peur des crises, peur du climat, peur des pandémies, peur des « ennemis de la démocratie », Peur du péril Jaune ou du méchant Russe... Ce gouvernement par l'inquiétude, qui a longtemps permis de justifier l'extension continue des pouvoirs administratifs et des mécanismes de surveillance, montre aujourd'hui ses faibles limites. Les citoyens deviennent moins sensibles aux discours alarmistes à répétition et davantage attentifs au décalage entre les proclamations grandiloquentes et les résultats concrets. À force d'invoquer des périls existentiels pour masquer leurs propres impasses, ces dirigeants ont fini par banaliser l'exception et épuiser leur principal ressort politique qu'est la crédibilité des faibles et des masses.

Ils continuent pourtant de se comporter quotidiennement comme si leur Europe des mafias demeurait le centre du monde, alors que celui-ci s'organise désormais sans même leur demander leur avis. Exclus de partout, invités nulle part, leur arrogance contraste violemment avec le rétrécissement inéluctable de leur influence réelle. Ils parlent comme des empereurs, négocient comme des puissances moyennes et découvrent, souvent trop tard, avec stupéfaction, que le reste de la planète n'entend plus recevoir de leçons de ceux qui peinent déjà à contenir leurs propres peuples.

Depuis cinq ans, leur scénario semble toujours le même et visant à transformer chaque crise en moment fondateur, chaque tension en état d'urgence permanent, chaque désaccord en affrontement existentiel. Tantôt il faudrait mobiliser les peuples face à une menace sanitaire sans précédent, tantôt préparer les esprits à une confrontation durable avec la Russie, tantôt désigner l'Iran comme le nouvel épicentre d'un embrasement mondial, tantôt dramatiser jusqu'à l'extrême les fractures internes de nos sociétés. À chaque épisode, de cette série B indigne même de Netflix, ils usent de la même mécanique scénarisée en cherchant à gouverner par l'émotion, administrer par la peur et exiger l'alignement au nom de l'urgence.

Pour leurs détracteurs de plus en plus nombreux, cette stratégie désormais obsoléte n'a pourtant produit ni l'unité espérée ni l'adhésion durable qu'ils recherchaient déjà en 1980. Les sociétés européennes sont restées profondément divisées, les opinions publiques se montrent de plus en plus sceptiques à l'égard des discours officiels, et la confiance dans ces institutions pourrissantes continue de s'éroder. Là où ces gouvernants d'un autre temps pensaient retrouver une légitimité par la dramatisation permanente, ils n'ont obtenu que l'effet inverse et engendré la lassitude, la défiance et le rejet.

Conscients que leur cycle politique touche à sa fin, ils donnent l'impression de mener un ultime combat d'arrière garde pour préserver un ordre moribond qui leur échappe. Ils sentent que le centre de gravité du monde s'est déplacé, que leurs certitudes idéologiques perdent de leur force et que leurs privilèges institutionnels sont de plus en plus contestés. Dès lors, chaque crise devient un baroud d'honneur, chaque sommet international ( qu'ils s'organisent entre-eux) une tentative de démontrer une influence qui s'amenuise, chaque déclaration martiale un effort désespéré pour masquer le recul inexorable de leur autorité.

Il ne leur reste alors que leur plus fidèle allié symbolisé par un appareil de communication subventionné à outrance, dont ils espèrent encore qu'il façonnera les perceptions comme autrefois. Mais l'époque a changé et seuls les grabataires regardent encore leur Tv ou lisent quelques uns de leurs journaux. Les grands récits officiels sont désormais concurrencés par une multitude de sources d'information, d'analyses et de contre-discours qui foisonnent sur internet et les reseaux sociaux. L'autorité médiatique des oligarques marionnetistes n'est plus un monopole mais un espace de confrontation en perdition. Les vieux réflexes consistant à répéter un récit, inventé par McKinsey, jusqu'à le transformer en vérité ne produisent désormais  plus les mêmes effets. Ils convainquent encore les décérébrés, mais peinent de plus en plus à rallier des citoyens éveillés, devenus plus méfiants depuis qu'ils se sont fait injecter un poison de guerre, plus critiques et moins enclins à déléguer leur jugement à des représentants payés par  leurs ennemis.

Le paradoxe est cruel pouyr ceux qui prétendent incarner l'avant-garde du progrès politique, alors qu'ils apparaissent désormais pour ce qu'ils sont, à savoir comme les derniers gardiens d'un système de pouvoir tyrannique en voie d'épuisement. Ils parlent le langage de l'avenir avec les réflexes du passé, persuadés que l'intimidation morale, la communication de crise et la dramatisation permanente suffiront encore à maintenir un ordre dont les fondations se fissurent un peu plus chaque jour. Et ceux qui prétendent défendre un ordre mondial fondé sur la stabilité n'arrivent même pas à préserver la cohésion politique de leurs propres sociétés. Les résultats électoraux, trafiqués par les votes electroniques dans plusieurs États membres, montrent une progression régulière des partis populistes et critiques vis-à-vis des orientations actuelles de l'Union européenne des mafias technocratico-financières et talmudo-maçonniques.

Pendant ce temps, les nouvelles puissances observent cette Europe agonisante, malveillante et caractérielle, avec un mélange de pragmatisme et d'indifférence. Là où les derniers soldats haineux barriqués à Bruxelles parle encore de « communauté internationale », beaucoup d'États raisonnent désormais en fonction de leurs seuls intérêts stratégiques, bien loin de cette zone sinistrée par la guerre que ces bellicistes dépassés ont menée contre leurs propres peuples et interêts vitaux . Les nouveaux maitres du jeu commercent directement avec Washington, Pékin, Moscou, New Delhi ou Ankara selon leurs besoins, sans accepter d'être enfermés dans une logique de blocs et fuyant surtout ce corps malade et expirant qu'est devenu l'Union Européenne.

Les grandes puissances ne meurent presque jamais de pauvreté car elles meurent d'aveuglement. Elles ne s'effondrent pas lorsque leurs caisses sont vides, mais lorsqu'elles refusent obstinément de voir que le monde a changé. L'Union européenne semble aujourd'hui engagée dans cette lente agonie expiatoire : incapable de remettre en cause les dogmes qui ont conduit à sa désindustrialisation, à sa dépendance énergétique et à son affaiblissement stratégique, elle répond à chaque échec par davantage de la même politique. Au lieu d'interroger ses certitudes, elle les érige en articles de foi ; au lieu de corriger sa trajectoire, elle accélère vers l'impasse. Comme tant d'empires avant elle, elle confond encore l'écho de son prestige passé avec la réalité de sa puissance présente.

Le déclin n'est pas seulement économique ou démographique ; il est d'abord intellectuel. Persister à analyser le XXIᵉ siècle avec les catégories intellectuelles du XXᵉ revient à naviguer avec une carte devenue inexacte. Les dirigeants qui refusent d'adapter leur vision risquent moins d'incarner les bâtisseurs de l'Europe de demain que les derniers gestionnaires d'un ordre ancien. C'est celui d'une élite qui continue à parler au nom d'un monde qu'elle ne comprend plus, persuadée que les autres finiront toujours par se conformer à ses injonctions, alors même que l'Histoire, indifférente à ses proclamations, est déjà en train d'écrire le chapitre suivant sans elle.

Ces automates imposés a la tête de nos pays et qui se rêvaient empereurs, n'auront peut-être été que les derniers trouffions d'une arrière-garde oligarchique, chargés de défendre avec un zèle presque touchant un monde qui s'éloigne sans même leur accorder un regard. Pendant que d'autres redessinent les rapports de force et écrivent les règles du siècle qui commence, eux continuent de déclamer leurs certitudes devant un théâtre qui se vide. L'Histoire est parfois d'une ironie délicieuse : ceux qui prétendaient guider le monde risquent surtout de rester dans les mémoires comme les derniers gardiens d'une époque qui s'est effondrée sans attendre leur permission.

Il faut une singulière dose d'inconscience — ou un mépris absolu des réalités — pour continuer à brandir la menace de la guerre lorsque l'on ne dispose plus des attributs élémentaires de la puissance. Comment prétendre impressionner le monde lorsque les finances publiques vacillent sous le poids de la dette, que l'industrie a été méthodiquement démantelée, que les arsenaux peinent à reconstituer leurs stocks, que les armées souffrent de difficultés de recrutement et que les capacités de production militaire ne permettent même plus de soutenir un conflit de haute intensité ? 

À défaut de puissance réelle, il ne reste alors que les déclarations martiales, les conférences de presse et les mises en scène diplomatiques. Mais l'Histoire est rarement dupe car les nations ne sont pas jugées sur leurs discours, elles le sont sur leurs moyens. Lorsqu'un pouvoir ne possède ni l'argent, ni les usines, ni les hommes, ni les armes nécessaires à ses ambitions, il ne projette plus de la force ; il expose simplement le fossé qui sépare ses proclamations de la réalité. Et ce fossé, à force d'être ignoré, finit toujours par engloutir la crédibilité de ceux qui persistent à le nier.

À voir s'agiter ces 4 pantins englués dans leurs propre déclin, on songe moins aux bâtisseurs de demain qu'aux derniers gardiens d'un musée dont les visiteurs sont déjà partis. Convaincus d'incarner encore le sens de l'Histoire, ils continuent à multiplier les postures, les sommets et les déclarations solennelles, sans remarquer que le monde a changé de salle depuis longtemps. Pendant que d'autres négocient, innovent et redessinent les équilibres de demain, eux s'appliquent avec un sérieux admirable à rejouer une pièce dont le public connaît déjà la fin. Il faut presque leur reconnaître un mérite tant ils sont rares ceux qui auront réussi à confondre aussi longtemps l'écho de leurs propres discours d'outre-tombe avec le bruit du monde vivant. L'Histoire leur réservera sans doute une note de bas de page alors qu'ils espéraient surement un plein chapitre...

Phil BROQ.

Blog de l'éveillé






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